Le terrorisme d’extrême-droite, un danger à ne pas sous-estimer

Selon l’OCAM, structure que l’on peut difficilement soupçonner de gauchisme, les idées d’extrême-droite sont en recrudescence en Belgique. D’après les chiffres du Ministère de l’Intérieur, 2848 personnes sont suivies par les services en raison de leurs liens avec certains groupes d’extrême-droite jugés « problématiques ». Le rapport d’activité 2017-2018 de la Sureté de l’état, une instance à priori peu fantaisiste, faisait déjà état d’une menace réelle : «  En outre, une tendance à l’armement semble se dessiner au sein de l’extrême droite. Les responsables des groupements d’extrême droite incitent leurs militants à suivre des leçons de tir et à se procurer des armes, de manière légale ou non. L’objectif recherché : une confrontation sociétale jugée inévitable entre l’islam et le reste de l’Europe chrétienne à laquelle il faut « se préparer », selon eux. »

Des individus de cette mouvance ont déjà eu l’occasion de passer à l’action en dehors de la Belgique. Ainsi en Nouvelle-Zélande à Christchurch, un terroriste d’extrême-droite a tué, en mars de cette année, 51 musulmans. Plus près de nous, à Halle en Allemagne, un tueur aux vues identiques a pris pour cible une synagogue et un restaurant turc. Deux personnes ont été assassinées ce jour-là. Les deux criminels étaient adeptes des théories du « grand remplacement », marotte de l’extrême-droite depuis quelques années. Leur principal concepteur, le français Renaud Camus est désormais la référence idéologique de leaders de groupuscules mais aussi de criminels en puissance qui envisagent leur propre conversion en bras armés de cette cause raciste.

Ni Renaud Camus, ni d’autres comme ceux qui naguère ont inspiré Anders Breivik, autre meurtrier de masse d’extrême-droite,  n’ont jamais été inquiétés par la justice. Bien sur la liberté d’expression doit rester la norme.  Toutefois quand on sait les sinistres conséquences qu’engendrent parfois certains appels à la haine, on peut se poser la question des limites conformes au prescrit légal qu’il y a lieu d’y mettre. Dans certains cas, il a été possible de condamner d’autres extrémistes pour incitation à la haine de l’autre. Dès lors, il faudrait envisager systématiquement des poursuites judiciaires contre les personnes qui, de manière répétée, incite à la haine ou à la violence contre une ou plusieurs minorités fut-ce pour protéger les intérêts d’une majorité supposément menacée.

Depuis le début de cette décennie, il semble que la libération de la parole raciste précède la libération de l’acte raciste. Ainsi, l’année 2018 par exemple a été émaillée par de nombreuses agressions violentes qui ont défrayé la chronique à Anderlues, à Aarschot ou au festival Pukkelpop. Les violences racistes subies par différentes personnes ces dernières années n’ont heureusement causé de victimes mortes dans notre pays. Il y a eu cependant des meurtres racistes par le passé et selon toute vraisemblance, des risques sérieux pour l’avenir puisque différents individus d’extrême-droite présentent, à n’en pas douter, des profils similaires à ceux qui ont commis ces horribles crimes en Allemagne ou en Nouvelle-Zélande. Il semble que les armes et les mobiles existent d’ores et déjà pour donner de la consistance à la menace du terrorisme d’extrême-droite concomitamment à d’autres périls terroristes  auxquels nos concitoyens ont déjà payé un lourd tribut dans un passé récent. Au vu des précédents tragiques dans d’autres pays et de la teneur des réseaux identifiés par les services, il serait inconcevable de sous-estimer le danger que représente aujourd’hui en Belgique le terrorisme d’extrême-droite ! Cela d’autant que ni en Nouvelle Zélande ni en Allemagne on avait anticipé que les extrémistes pouvaient passer à l’acte et d’une façon aussi tragique.