Manifestation nationale contre le racisme du 24 mars : le discours de la directrice du MRAX

Nous sommes chanceux de nous retrouver ici ce 24 mars 2019 pour la deuxième manifestation nationale contre le racisme. Oui, c’est une chance, car tous et toutes autant que nous sommes, sommes mus par un objectif commun, celui de voir disparaitre le racisme dans notre société.

Votre présence ici ce jour est la preuve que notre société n’est pas complètement perdue.

Votre présence ici est la preuve qu’il y a encore des hommes soucieux,  qu’il y a encore des femmes soucieuses, de préserver notre bien commun, c’est-à-dire notre société, une société qui dit non à l’exclusion et à la discrimination, une société de tolérance, une société inclusive qui prend en compte l’ensemble de ses citoyens.

Aujourd’hui encore, malheureusement, le racisme persiste et s’ancre, toujours plus profondément dans le quotidien des populations qui composent notre société, à tel point qu’on en arrive à banaliser les faits de racisme. Nous devons faire en sorte que les évènements de la nouvelles Zélande ne se répètent pas. Nous devons faire en sorte que la banalisation des faits racistes observés lors du carnaval d’Alost n’ait plus leur place dans notre société, pour ne citer que ces deux évènements récents.

 

Pour faire un petit détour (historique et pédagogique), il faut savoir que le racisme est une idéologie fondée sur le postulat que des races existent au sein de l’espèce humaine. Et qu’au sein de de ces catégories de races, des personnes sont intrinsèquement inférieures et d’autres intrinsèquement supérieures. C’est donc un système de domination qui induit notre regard, en l’orientant dans sa perception de l’autre.

Le racisme, se manifeste par des actes individuels comme les violences, les insultes. Mais il se manifeste également dans des formes violentes de domination institutionnalisées comme l’ont été l’apartheid, l’esclavage, la colonisation, la ségrégation. Et comme cela existe encore dans notre société Belge, de façon structurelle.

Aujourd’hui plus que jamais, si le racisme reste très présent en Belgique, se pose alors la question de savoir comment lutter contre ce délit, tant institutionnel qu’individuel? Comment faire en sorte que notre société arrive à bannir le racisme de son quotidien ?

Comment lutter contre  le racisme ? Et bien en demandant de meilleures inspections et  en exigeant que des tests de situation soient mises en place.  Le droit au logement, le droit aux services, et le droit à l’emploi doit être le même pour l’ensemble de la population. La capacité à payer son loyer, à assumer une fonction et à être accueilli dignement dans les services, ne doit pas être assujetti, ni à l’origine ethnique, ni à la couleur de peau, ni aux signes extérieurs en lien avec notre philosophie ou notre conviction religieuse.

Comment lutter contre le racisme ?  En demandant à nos dirigeants, nos politiques, qu’un accueil digne et de qualité soit réservé  aux réfugiés. En exigeant qu’ils établissent des critères de régularisation clairs et permanents à l’endroit des personnes sans titre de séjour. Ce n’est pas en fermant nos frontières et en enfermant les personnes désirant vivre sur notre territoire que nous lutterons contre la misère, contre les défis qui s’ouvrent à nous

Comment lutter contre le racisme ? Exiger du législateur qui vote les lois qu’il soit le premier à les humaniser et à les respecter. C’est dénoncer le laxisme de nos institutions à condamner et à punir sévèrement les actes discriminatoires reposant sur des signes de conviction philosophiques ou religieuse, qui empêchent un accès égal au travail et aux services.

Comment lutter contre le racisme ? C’est dénoncer la nouvelle loi sur les étrangers dont plusieurs articles sont en flagrante contradiction avec l’égalité de traitement.

Comment lutter contre le racisme quand le passé colonial de la Belgique influence négativement la perception que nous avons des autres ?  Les programmes scolaires, les musées et les lieux publics sont infestés par les éléments de domination coloniale. Il est plus qu’urgent que la Belgique s’emploie à renforcer la décolonisation de ces lieux.

Il n’est pas trop tard,

Si lutter pour une société meilleure, pour faire disparaître le racisme et toutes les formes de discriminations, fait de nous des êtres insatiables et fous,

Alors soyons insatiables,

Alors soyons fous,

Et continuons à nous accrocher au fait qu’il n’est jamais trop tard pour construire un monde meilleur.

Osons rêver comme Martin Luther King l’a dit : « J’ai le rêve qu’un jour mes quatre enfants vivront dans une nation où ils ne seront pas jugés pour la couleur de leur peau … nous devons apprendre à vivre ensemble sinon nous allons tous mourir ensemble comme des idiots ».

Nous avons un devoir : celui de décoloniser les mentalités, trop souvent prises dans le  piège du conformisme des discours politiques  criminalisant, déshumanisant et dégradant.

Nous avons le devoir de décoloniser les mentalités, pour permettre à l’ensemble des populations de se retrouver autour de valeurs communes.

Nous avons le devoir de décoloniser les mentalités pour faire de la compréhension mutuelle, la tolérance et la paix, les armes pour consolider la cohésion sociale et le vivre ensemble.

Merci à vous, d’avoir répondu nombreux par votre présence à cette manifestation.

Esther Kouablan, directrice du MRAX