Communiqué de presse – Non à la construction de nouveaux centres fermés !

Communiqué de presse CIRÉ, Jesuit Refugee Service Belgium, Ligue des Droits de l’Homme, Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie

 16 mai 2017 – Le conseil des ministres extraordinaire de ce dimanche 14 mai a une nouvelle fois donné l’occasion à Theo Francken de propager son discours sécuritaire et discriminatoire en matière d’asile et de migration et d’alimenter encore et toujours la même confusion entre migrants, sans-papiers et criminels. Sous couvert de vouloir lutter contre la criminalité et le terrorisme et d’œuvrer pour la sécurité des citoyens, le Secrétaire d’État souhaite construire trois nouveaux centres fermés et ainsi doubler la capacité de détention de la Belgique d’ici 2021. Cette décision démontre une nouvelle fois que la politique migratoire du gouvernement fédéral est construite sur un seul pilier : la répression.

Parmi un éventail de 28 mesures prises lors du conseil des ministres extraordinaire en matière de justice et de sécurité, nous avons découvert avec effroi l’annonce de l’ouverture, d’ici 2021, de trois nouveaux centres fermés destinés à enfermer tant des demandeurs d’asile que des sans-papiers en vue de leur expulsion. Une décision qui s’inscrit dans la continuité de la stratégie de Theo Francken, qui prévoit notamment d’augmenter le nombre d’expulsions et d’allonger la durée de la détention administrative.

Le CIRÉ, Jesuit Refugee Service Belgium, la Ligue des Droits de l’Homme et le Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie s’opposent fermement à cette politique sécuritaire qui constitue une véritable course en avant. Bien que la Belgique y recoure depuis plus de 25 ans, la détention administrative n’a jamais été un outil efficace dans la gestion des flux migratoires. Enfermer des migrants relève de la politique spectacle et de la communication politique. La détention ne résout rien et n’est utile à personne, si ce n’est aux hommes et femmes politiques qui se nourrissent de la stigmatisation constante des étrangers. Sans compter que la détention coûte cher : les dizaines de millions d’euros obtenus par Theo Francken pour financer cette décision inutile auraient pu être utilisés pour mettre sur pied une véritable politique migratoire, centrée sur les alternatives à la détention, l’accueil et l’intégration.

Barrons la route aux amalgames !

Le but du conseil des ministres extraordinaire était de prendre des mesures portant sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme – quel rapport y a-t-il avec l’ouverture de nouveaux centres fermés ? Un migrant dépourvu d’un titre de séjour n’est ni un criminel, ni un danger pour la société. Nous n’arrêterons jamais de le rappeler. Se retrouver en situation de séjour irrégulier n’est pas un choix délibéré mais le résultat d’une politique restrictive en matière de titres de séjour. Qualifier ces personnes d’ »illégales » contribue à les stigmatiser, à les criminaliser, à les dénigrer et finalement, à les déshumaniser.

Faisons respecter les droits fondamentaux !

Les observations de terrain, consignées dans un « Etat des lieux » sur les centres fermés publié par le secteur associatif en décembre 2016, font remonter de nombreuses questions quant à la compatibilité de la détention en centre fermé avec le respect des droits fondamentaux tels que définis dans la Convention européenne des droits de l’Homme : droit à la liberté, à un recours effectif, à la vie familiale, à la vie privée, à ne jamais être soumis à un traitement inhumain ou dégradant… Au cours de la dernière décennie, la Belgique a fait l’objet d’une dizaine de condamnations par la Cour européenne des droits de l’Homme, suite à des plaintes introduites par des étrangers détenus en centre fermé. Au-delà de ces condamnations, les associations de défense des droits des étrangers déplorent également qu’il n’existe pour l’heure toujours pas de contrôle judiciaire de la détention qui porte non seulement sur la légalité, mais aussi sur l’opportunité de la détention. Sans parler du contrôle démocratique, politique et citoyen.

L’ouverture du premier centre fermé en Belgique remonte à plus de 25 ans. Le constat que nous tirons de cette politique répressive est clair : la détention administrative porte atteinte aux droits et à la dignité humaine et a des conséquences extrêmement lourdes pour les personnes qui la subissent, tant sur le plan physique que mental. Nous ne pouvons l’accepter.

Contact presse

Caroline Intrand, co-directrice du CIRÉ : 0494 54 94 07