Chaque année, plus de 6000 personnes migrantes sont détenues dans les 6 centres fermés belges, au seul motif qu’elles n’ont pas de titre de séjour et qu’elles veulent accéder à « notre territoire ». Ce sont des hommes, des femmes et, parfois, des enfants, qui  sont enfermés dans des conditions carcérales : les grands blocs sont entourés par de hautes clôtures, des barrières et des fils barbelés, les chambres et les dortoirs sont fouillés, les visites sont strictement limitées, on y applique des sanctions disciplinaires, les portes des chambres sont fermées à clé, les détenus sont appelés par leur numéro de matricule, on y place les personnes dans des cellules d’isolement, la surveillance y est constante,…

Les centres fermés sont de véritables prisons. Y être détenu, c’est être contraint de laisser ses droits au vestiaire. Et cette détention existe hors de tout contrôle démocratique, ces lieux d’enfermement n’étant pas accessibles, notamment aux journalistes.

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un phénomène nouveau, on assiste en ce moment à une véritable escalade de la violence politique. La Belgique a franchi la ligne rouge en aout 2018 en enfermant une mère et ses quatre enfants. Tous sont nés en Belgique, la fille ainée a 6 ans, ils parlent couramment le néerlandais et n’ont jamais été en Serbie, le pays d’origine de leurs parents. Par cette décision, l’Etat belge renoue avec son ancienne pratique de violation des droits de l’enfant, pourtant condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’homme.

Cette politique migratoire répressive et organisée est assumée par l’Etat belge. Les propositions et les décisions des autorités publiques sont à ce titre très claires : construire de nouveaux centres, augmenter le nombre d’expulsions, allonger la durée de la détention administrative, supprimer des places d’accueils dans les centres ouverts.  On ajoute à cela qu’aucun mécanisme pour détecter les personnes vulnérables n’existe et aucune disposition spécifique ne permet de leur éviter la détention alors que la loi sur les étrangers définit bien une série de personnes vulnérables (femmes enceintes, victimes de violences sexuelles, malades, …).

Sous couvert d’œuvrer pour la sécurité des citoyens, le gouvernement fédéral alimente encore et toujours le même processus de criminalisation des migrants. Le discours sécuritaire et discriminatoire en matière d’asile et de migration, la Belgique y recoure depuis plus de 25 ans. Ce climat de peur à l’endroit des migrants profite aux seuls politiques qui se nourrissent de la stratégie politique de deshumanisation des étrangers.

Nos principes démocratiques sont les grands oubliés de cette politique migratoire. L’existence de ces centres fermés est la conséquence directe de notre incapacité à penser une société où tous les être-humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont en violation de l’esprit de nos lois. Seul des bricolages argumentatifs bien plus politiques que juridiques permettent ces grands écarts entre nos principes et nos pratiques. La détention administrative n’est pas un mal nécessaire, elle est l’expression de nos reflexes liberticides et racistes.

Les migrants ne sont pas un danger pour notre société. Le véritable danger réside dans notre résignation face à un tel projet politique. Si nous acceptons que les droits de certaines personnes soient conditionnés de façon arbitraire, nous verrons progressivement cette logique se généraliser à d’autres catégories sociales. Cela a déjà commencé.

En 2006, le MRAX participait à la première rédaction de l’état des lieux destiné à rendre public et dénoncer les constats et analyses de la société civile sur la détention des étrangers. Dix années plus tard, le nouveau rapport démontre que la situation a empiré. Les centres fermés demeurent un axe central de la politique migratoire belge, nos recommandations n’ont pas été mise en œuvre et on assiste même à une régression des droits. Il est temps d’en finir avec la détention administrative des étrangers. Aucun aménagement ne peut rendre ces centres plus humain et adéquat. L’enfermement n’est pas une solution.

Nous revendiquons la fermeture immédiate de tous les centres fermés incompatibles avec la seule politique migratoire respectueuse des droits humains : la liberté de circulation. Et nous exigeons de l’Etat belge qu’il mette en place des alternatives positives à l’enfermement visant à favoriser l’accueil et l’installation des personnes qui veulent rester sur notre territoire.

RASONS LES CENTRES FERMES :  

  • Car la détention n’a jamais permis une gestion efficace des flux migratoires
  • Car la détention participe à la criminalisation des étrangers pour in fine les déshumaniser
  • Car il n’existe pas de contrôle judiciaire relatif à la légalité et à l’opportunité de la détention
  • Car la détention porte atteinte aux droits de l’Homme et à la dignité humaine
  • Car les dégâts psychologiques engendrés par la détention sont difficilement réparables
  • Car il règne un sentiment d’injustice et d’incompréhension auprès des détenus

Qu’est ce qu’un centre fermé ? Depuis quand existent-ils ? Comment ça fonctionne ? Pourquoi enferme t-on des migrants ? Quel est l’impact de l’enfermement sur la vie des individus ? Autant de questions auxquelles le MRAX vous proposera de répondre tout au long de la campagne. Découvrez nos articles dans la rubrique ci-dessous.

Articles #RasonsLesCentresFermés

 

 

 

 

 

 

 

 


Des actions et formations seront également organisées afin de se rencontrer et se mobiliser autour de notre revendication : la fermeture des centres fermés. Découvrez notre programme dans la rubrique ci-dessous et restez connectés pour la suite des activités.

Programme #RasonsLesCentresFermés