Textes des lauréats du concours Ma Plume Contre le Racisme

Le premier prix a été attribué à Ben Sellam Abdallah de l’Institut Don Bosco de Bruxelles

Lire le texte en PDF

Je m’appelle Oumar, j’ai 17 ans et je suis marocain. Je vais vous raconter mon histoire et mon aventure. Tout commence à Tanger, ma ville natale. J’ai grandi dans l’un des quartiers les plus pauvres de cette ville, dans une famille peu aisée.

Je suis en 4ème année secondaire, je travaille bien à l’école, mais chez moi ce n’est pas toujours facile. Nous sommes six frères et sœurs. Moi, je suis l’ainé. Nous habitons dans un appartement de deux chambres. Je suis obligé de dormir dans le salon avec mes petits frères. Mon père ne travaille plus depuis un accident de travail. Ma mère, elle, travaille comme femme de ménage dans plusieurs maisons, mais son salaire suffit à peine pour le loyer. Je tente de faire de mon mieux pour aider mes parents. J’enchaine les petits boulots, comme faire la vaisselle dans des restaurants ou laver des voitures. Je n’ai jamais eu la vie facile, et ça n’allait pas en s’améliorant. Et puis, un jour, mes amis m’ont fait part de leur intention de quitter le pays pour partir vers l’Europe. C’est devenu mon objectif également. Après un an de demande, je reçois un visa temporaire. Je quitte donc Tanger pour retrouver l’Espagne. Au début, je suis arrivé à Tarifa. Puis j’ai poursuivi ma route vers Barcelone pour rejoindre mon cousin.

Une fois arrivé sur place, je m’installe chez lui le temps de trouver un logement. Ici je n’ai pas le droit de travailler, donc je fais des petits jobs en noir pour envoyer de l’argent à ma famille et pour m’en sortir.

Le 16 novembre 2016, mon visa n’est plus valable. Je dois quitter le pays mais je décide de rester. J’enchaine des petits boulots dans des restaurants. Là, ça fait 5 mois que je suis un sans-papiers, j’esquive la police comme si j’étais un tueur parce que si je me fais prendre, je serai immédiatement renvoyé au Maroc. Une nuit, la police a contrôlé le restaurant dans lequel je travaillais et ils m’ont emmené au commissariat. Après 24 heures dans une cellule, ils m’ont emmené dans un centre pour réfugiés, qui m’est plus apparu comme une prison. Là-bas, je suis le plus jeune. Les gardiens ne sont pas sympas. Ils nous traitent comme si nous étions les pires malfrats au monde, alors que mon seul crime à moi est de ne pas avoir une situation « régulière ».

Dans cette prison, j’ai rencontré une femme qui vient souvent en aide aux prisonniers. Un jour, elle me propose de rencontrer une avocate pour me faire sortir de là et me transférer vers un centre pour mineurs. Le directeur de la prison montre tout de suite qu’il est contre cette idée et il me menace même de mort. Cependant, j’ai toujours gardé espoir et la tête haute en pensant à ma famille. Après un mois de lutte, l’avocate réussit enfin à me déplacer dans un centre pour mineurs. J’ai alors repris les cours et j’ai même réussi à obtenir un job étudiant le weekend.

Nous sommes plusieurs jeunes à vivre au centre et parfois même plusieurs à devoir partager la même chambre. Nous sommes de différentes nationalités, chacun son histoire mais tous le même problème : la peur d’être expulsé vers notre pays d’origine. Alors on compare nos situations et on ne peut s’empêcher de se dire que dans certains cas on mérite beaucoup plus notre place en Europe. Nous sommes, tout de même, devenus une famille malgré nos différences. Je dois aussi préciser qu’ici, les éducateurs sont sympas et que la nourriture que l’on nous sert est assez bonne.

L’Etat espagnol vient juste de m’attribuer une résidence qui me permet de rester dans le pays. J’ai donc pu prendre petit à petit une vie normale, et à force de travailler, je suis heureux de recevoir, en ce jour du 20 juin 2018, mon diplôme me permettant d’exercer en toute régularité la profession de mécanicien. Cependant, les membres de ma famille me manquent. Je ne les ai pas vus depuis deux ans mais je suis très heureux de pouvoir aider ma mère et d’offrir une vie meilleure à mes petits frères.

Le 20 septembre, j’ai obtenu une semaine de congé pour rentrer au pays, ça m’a fait trop plaisir. Après mon retour, j’ai rencontré une fille de mon âge, c’est une cliente du garage où je travaille. On s’est tout de suite super bien entendus et aujourd’hui, elle est devenue ma petite amie, on vit ensemble et on compte bien se marier un jour.

 

Le deuxième prix a été attribué à  Brisart Victor du Lycée Martin V de Louvain-La-Neuve

Lire le texte en PDF

Lettre à un homme médiocre

Un bruit, un bruit de bombe, qui tourne dans le ciel. Un bruit de famine, de champs incendiés. Un bruit de passé tragique, de colons, de blancs, et de pilleurs. Et puis, un jour, la mort, dans la rue, à la T.V., dans son salon, la mort, et avec elle, comme pour l’honorer, le silence se fait. Les bombes continuent à frémir, à tuer, mais il ne les entend plus, les enfants continuent à hurler, il leur marche dessus. Personne ne lui avait donné de voix, alors il décide de devenir sourd, sourd aux pleurs, sourd à la mort, sourd à la douleur.

Et puis il y a ta vue, sans bombe, sans faim, sans rien de romanesque, peut-être est-ce ça le vrai drame. Tu n’as jamais rien vécu et tu as peur que cela change. Tu le hais, cet autre toi, est-ce qu’on peut t’en vouloir ? Il hurle muet, toi avec toute ta force, tu ne peux que murmurer. Il cherche la consolation face à la destruction qui s’engouffre autour de lui, toi tu n’as pas le temps d’y penser.

Ensuite il a dû marcher, fuir, toi, tu es resté dans ton salon. Il a vu sous lui la mort, le sable, ses pieds en sang, toi tu les as vus aussi, ponctué de publicité pour Coca-Cola à la télévision.

Il a dû traverser la mer, ses amis sont morts, noyés, ses larmes sont aussi salées que celles de la mer depuis ce jour-là. Et toi ? Ca te rappelle ta jeunesse, quand la mer était à tes pieds d’enfant de huit ans, quand tu rêvais de la traverser à la nage, pour aller jusqu’en Chine ou en Amérique. Ton père a ri, ta mère avait peur que tu essayes, parce que tu ne savais nager. Mais tu t’en fichais, de ne pas savoir nager, tu voulais quand même y aller, tu voulais être libre de tes exploits. Maintenant tu as grandi, sans efforts, sans exploits, mais ta liberté pourtant n’est toujours qu’écrite, jamais vraiment vécue, comme une vielle babiole devant la télévision…

Puis vint le jour où il arrive chez toi, où vous vous rencontrez, et tu le détestes, il te ressemble trop, il est ce toi qui a eu presque la chance d’avoir une vie dure, tu es jaloux, car c’est sur lui que les gens s’apitoient, sur sa souffrance, pas sur ta banalité. Il survit magistralement, et souffre un peu à cause de toi, de ta passivité, il a vu tous les drames qui transforment les vies en récits tragiques. Et toi, tu vis à peine, bercé par le système, pauvre selon toi, riche selon le reste du monde, libre mais pas assez créatif pour prendre une quelconque décision. Alors tu le chasses, il a beau faire tout ce qu’il peut pour résister, ensemble vous êtes plus fort que lui, vous le faites souffrir, médiocrement, encore, mais il ne peut plus se défendre.

Tu le rends coupable de tous ces malheurs banaux qui ponctuent ta vie, coupable d’être différent de toi, mais pas suffisamment, pour que tu puisses t’en détacher, coupable d’avoir survécu, d’un crime de sang qui n’est pas versé, coupable d’une promiscuité contre-nature à tes yeux, et cette histoire finira de nouveau mal.

Lui restera dans sa persécution, dans sa peine, jusqu’à devenir fou de ces violences, et toi, toi c’est presque aussi triste, tu resteras médiocre, pas tellement mauvais, mais surement pas bon. Pas un nazi, juste un pauvre con insignifiant de plus.

Alors, résiste, vis, pense :

Ecoute-les, les sanglots des échoués

Entends-les, les brûlures des ferveurs anciennes

Les chants des hyènes affamées de sang des impurs

Puis écoute-les à nouveau, ceux qui débarquent aux paradis effondrés

Relis les poèmes calcinés des anciens disparus

Qui disent de s’aimer et d’aimer l’inconnu,

De s’élargir d’horizons en horizons, jusqu’à atteindre la côte.

Où bateaux et voyageurs débarquent, sans commettre de fautes.

De ne pas avoir peur

Des différences, des tissages de l’autre,

Qui sont trop des parts de toi

Et qui te ramènent à tes défauts dévorants

Ou à ceux qui sont trop différents

Pour exister dans ton cocon de soie

Et, si tu ne veux pas lire, écris

Pour que tes murmures soient un jour chantés,

Par une mère à son enfant en larmes,

Par une pop-star à son public enflammé,

Par un soldat à ses fantômes enterrés,

Par une Nigérienne réfugiée à son avion et à ses hommes en armes.

Elle murmure :

« Je ne me considère pas comme une réfugiée mais comme une criminelle car c’est comme ça que je suis traitée. »

Ce n’étais pas plus de ta faute que celle d’un autre, mais est-ce une raison pour ne pas changer ?

 

Le troisième prix a été attribué à Ludivine Faidherbe du Lycée provincial Hornu à Colfontaine

Lire le texte en PDF

Sémira tu as voulu vivre comme tous les autres

Oui Sémira à la recherche d’un autre monde

Tu t’es battue contre tous ces gens qui ne voulaient pas de toi ici

Et puis un jour tu as réussi à échapper à la misère de ton pays

 

Tellement fière devant ton miroir tu pensais que c’était gagné

Mais une fois le rêve devenu réalité, tu as très vite déchanté

Ils t’ont enlevé la perception de la vie que tu avais

A force de croire, d’espérer, de vouloir et de chanter

 

Tu avais le pouvoir de tout changer, tu étais remplie de courage

Du haut de ton jeune âge, une jeune femme qui combat avec rage

Tu auras essayé à maintes reprises mais sans succès

Et eux ils ont tout mis en œuvre pour pouvoir t’éjecter

 

22 septembre 1998 le jour où tout a basculé

Dans cet avion tu es montée et on ne te reverra jamais

Ils avaient déjà essayé, mais à chaque fois ils avaient échoué

Car tu étais, il faut le dire, plus déterminée que jamais

 

Une fois de plus ils t’ont emmenée, la procédure habituelle

Identique depuis le début, ton plan marchait à merveille

Mais ils savaient ce qu’il fallait faire,

Les ordres reçus étaient très clairs

 

Plus question qu’ils se laissent avoir, cette fois tu quitterais le territoire

C’était plus la peine de chanter, retour à la case départ

Mais tu t’es révoltée, et là grosse erreur de leur part

C’est à l’aide du fameux coussin qu’ils t’ont plongée dans le noir

 

Embarquée de toute urgence, tu étais inconsciente

Ta triste histoire s’est terminée avec le chant d’une ambulance

Le soir-même la nouvelle tombe, les médias annoncent ton décès

Vingt ans après rien n’a changé, on tue encore des réfugiés

 

Toi, jeune femme combattante

Fille aux origines différentes

Tu rêvais juste d’une vie nouvelle

Ils t’ont traitée en criminelle

 

Toi, jeune femme combattante

Fille aux origines très différentes

Tes mots étaient synonymes d’espoir

Tu as touché les mémoires et marqué notre histoire

 

Le prix “coup de cœur”  a été attribué à Tya Della Corte de l’Athénée Royal Pierre Paulus 

Lire le texte en PDF

Le mardi 22 septembre 1998, Sémira Adamu, une jeune demandeuse d’asile originaire du Niger, quittait le centre fermé de Steenokkerzeel situé à Bruxelles. Il s’agissait de sa sixième tentative de rapatriement et malheureusement… la dernière. Lors de sa tentative d’expulsion du territoire belge, deux gendarmes l’ont étouffée avec un coussin durant quinze longues et douloureuses minutes. Sémira est morte. Cette jeune femme, âgée seulement de vingt ans, souhaitait uniquement fuir un homme trois fois plus âgé qu’elle, brutal et polygame choisi par son père. Durant son séjour dans le centre fermé, Sémira a dit : « Je ne me sens pas comme une réfugiée mais comme une criminelle parce que c’est comme ça que je suis traitée ». Cette phrase est très touchante car, à Steenokkerzeel, elle ne se sentait pas respectée. Les personnes qui travaillaient dans le centre volaient des objets personnels aux réfugiés. Sémira, ainsi que d’autres, étaient traités comme des moins que rien, certains étaient battus ou bien violentés. Lors de plusieurs tentatives de rapatriement, Sémira revenait avec des bleus, elle se débattait, hurlait, était menottée, … elle était traitée comme une criminelle voir pire ! Mais malheureusement, elle n’était pas la seule…

A la lecture de sa biographie, j’ai ressenti énormément de peine en découvrant ce que cette pauvre femme ainsi que les autres détenus ont enduré. C’est un comportement tout simplement inhumain ! J’ai également ressenti énormément de colère car faire endurer cela à des réfugiés qui n’ont fait de mal à personne et qui cherchent uniquement un asile en Belgique car la misère, les mariages forcés ou bien les guerres les ont poussés à fuir leur pays est tout simplement inadmissible. Les Hommes sont tous égaux peu importe si nous sommes musulmans, juifs, chrétiens, noirs, blancs, grands, petits. Les Hommes sont tous pareils et personne ne mérite une telle souffrance. Nous avons tous des droits, nous devons respecter l’autre et l’autre doit nous respecter. Malheureusement, le racisme a toujours et continue d’exister. Certaines populations se sentent supérieures aux autres. Prenons l’exemple des colonisations, où les Blancs exploitaient les Noirs et ceux-ci n’avaient pas leur mot à dire. Il y a également un regain de racisme suite aux migrations car on les accuse de « voler » nos métiers mais nous ne nous rendons pas compte de la situation actuelle de ces pauvres personnes. Je pense que les temps ont changé et que chacun mérite d’avoir sa chance, peu importe la personne. Tout le monde devrait être traité de la même façon, aucun homme sur cette Terre ne mérite de souffrir.

Cette année, nous avons accueilli un nouvel élève dans notre classe… il vient d’ailleurs, c’est un « étranger » comme on dit chez nous, on le regarde parfois de travers, il ne parle notre langue. Il a fui, fui son pays en guerre. Pourquoi n’aurait-il pas lui aussi droit à avoir une enfance et une scolarité normale ? Pourquoi devrait-il grandir sous les bombes dans un pays dévasté ? Ces personnes, comme lui, cherchent uniquement à venir vivre paisiblement dans notre pays. Laissons leurs une chance.

 

Classe du lauréat 2019