La sainte alliance des pro-Califat et des anti-musulmans ou comment DAESH compense les défaites militaires par des victoires symboliques

Dans l’Irak martyrisé depuis des années par l’ingérence étrangère et l’insurrection intégriste, le vent semble être en train de tourner. L’assaut final sur Mossoul, plus grande ville du pays encore tenue par les suppôts du chef de guerre et meurtrier de masse Aboubakr Al-Baghdadi, de l’armée régulière irakienne et de ses alliés se précise. L’issue du conflit sur le terrain contre les troupes arborant le drapeau noir de la secte criminelle semble bien funeste pour cette dernière. La défaite militaire probable de ces zélateurs de la mort ne peut que réjouir ceux qui, toutes obédiences confondues, se battent pour que triomphent l’humanisme et la fraternité. Si les territoires administrés et contrôlés par DAESH se réduisent devant l’avancée de coalitions bien hétéroclites en Irak mais aussi en Syrie ou en Libye, l’heure n’est vraiment pas à l’euphorie. L’attrait mortifère pour la propagande du « Califat » subsiste dans des zones dont certaines sont bien éloignées géographiquement du front. Ces derniers temps, nous avons été en Europe les témoins d’exactions et de meurtres commis par des individus dont les liens directs avec DAESH se réduisaient bien souvent à l’inspiration lointaine et à la postérieure revendication de leurs méfaits par l’organisation. La réalité, et elle est bien commode pour les dirigeants de DAESH, c’est que leur propagande suffit à séduire des individus qui passent à l’acte sans nécessairement qu’ils aient à les armer ou les entraîner.

Autant l’idéologie de DAESH est fondamentalement réactionnaire autant son mode de diffusion est magistralement adapté aux formes modernes de communication. C’est ce qui séduit beaucoup des jeunes qui après avoir découvert sur les réseaux sociaux les vidéos et textes de propagande de DAESH ont choisi d’aller vivre dans le « Califat » et même de mourir pour lui, ce qui de manière pratique apparaît aujourd’hui plus faisable. Face à cette menace réelle pour nos concitoyens, il est essentiel d’organiser une riposte efficace. L’urgence est à un travail de désamorçage de la propagande de DAESH et surtout de la déconstruction de sa vision du monde. Basiquement, celle-ci consiste en la division du monde entre musulmans et « mécréants » et en la nécessité pour les premiers de rejoindre (physiquement soit mentalement) le « Califat » pour trouver la place enfin qui leur revient. La détestation de la société dans laquelle la plupart des « Djihadistes » sont nés et ont grandi est une étape essentielle dans le processus d’adhésion aux idées de DAESH ou à l’engagement dans ses structures opérationnelles. La meilleure manière de tarir la source du recrutement dans notre pays est donc de réhabiliter notre société. Attention, il ne faut pas se contenter de reproduire une litanie incantatoire sur « nos » valeurs si belles et si immuables mais effectuer un travail colossal pour combler la distance qui sépare encore aujourd’hui les principes contenus dans la déclaration universelle des droits de l’homme et leur application effective sur le terrain.

D’aucuns s’indignent d’un certain discours victimaire qui aurait pour visée de justifier l’injustifiable à savoir le passage à l’acte terroriste. Pour régler la question de la menace terroriste, il est évidement plus efficace d’identifier les responsables que de disserter sur les victimes. Encore faut-il avoir le courage et la lucidité d’appréhender la complexité des responsabilités multiples et partagées ! Ainsi, s’il semble communément admis que DAESH a été armé par certains Etats comme des petro-monarchies réactionnaires du golfe, nous ne pouvons nous défausser de nos responsabilités en tant que citoyens d’avoir permis d’armer idéologiquement DAESH en n’étant pas assez fermes et irréprochables dans la manière de garantir la vitalité de notre démocratie. Chaque faille que nous y avons toléré a été sinistrement exploitée par DAESH pour recruter des activistes. Cela peut sembler bien dérisoire pour expliquer l’émergence de DAESH a côté de l’importance du financement ou des livraisons d’armes dont ils ont bénéficier mais aujourd’hui alors qu’ils paraissent accumuler les défaites militaires, il serait particulièrement intolérable de leur laisser les compenser par des victoires symboliques.

Les meilleurs alliés objectifs de DAESH aujourd’hui dans nos contrés sont ceux qui contribuent à créer un problème « musulman» au sein de notre société et à accréditer la thèse centrale « daechienne » de l’antagonisme insurmontable entre musulmans et « mécréants ». Les polémiques stériles comme celles qui ont tourné récemment autour de l’organisation à Marseille d’une journée du Burkini comme avant cela, en Belgique, le débat sur le la labélisation « halal » du sirop de liège participent de la création d’un climat délétère qui favorise le repli identitaire des musulmans mais aussi des non-musulmans. En somme, dans les faits, une sainte alliance a été scellée entre la secte criminelle qui dit aimer l’islam et ceux qui disent vouloir la combattre en promouvant la haine des musulmans.

Carlos Crespo, Président du MRAX