Journée internationale des réfugiés – L’asile, une protection menacée dans une ère de xénophobie politique

Dans l’esprit de la Convention de Genève de 1951, le réfugié est la personne qu’on accueille et qu’on protège car elle craint pour sa vie dans son pays d’origine. A l’époque, la définition de ce statut s’inscrivait dans l’expérience des régimes totalitaires. Près de 70 ans plus tard, les considérations humanitaires sont loin de prévaloir dans l’attribution de cette protection internationale.

On a troqué l’esprit de solidarité de la Convention contre une propagande xénophobe qui cherche à nous convaincre que le réfugié n’est pas menacé, il est menaçant. On veut que la peur change de camp et que la priorité soit la protection des frontières, pas des vies humaines. Dans la pratique et dans le discours, la peur de l’autre s’est aujourd’hui personnifiée dans le réfugié. Les porteurs de cette xénophobie assumée ne lésinent pas sur les moyens pour propager et concrétiser leurs idées.

Un peu partout à travers l’Europe, les gouvernements d’extrême droite semblent déterminés à refouler les migrants. Le 10 juin dernier, l’Italie et Malte refusent à un navire humanitaire avec plus de six cent migrants à son bord d’accoster. Le bateau a erré pendant une semaine en Méditerranée. Notre Secrétaire d’Etat à l’asile et à l’immigration a fait savoir publiquement qu’il soutenait ce refoulement leur déniant tout droit d’entrer dans l’Union européenne. Théo Francken encourage même à aller plus loin en proposant d’interdire l’asile à toute personne ayant tenté d’entrer « illégalement » en Europe. S’il plaide pour une solution de camps de réfugié en Afrique du Nord qui laisserait l’ONU trier les « vrais des faux » réfugiés, Paris et Rome avancent quant à eux l’idée de centres européens en charge de l’asile dans les pays de départ.

On assiste à une partie de ping-pong entre les pays, chacun se renvoyant la responsabilité des réfugiés. Dans un contexte d’urgence humanitaire, ces jeux politiques sont honteux et coutent la vie de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.

On le comprend, la priorité est d’externaliser les frontières de l’Europe, d’éloigner de nos yeux ce réfugié qui est devenu une figure d’envahisseur contre lequel la guerre serait légitime. Cette vision xénophobe conduit à tous les abus de l’Etat. Cela commence par des fouilles et des déplacements violents des migrants logés au Parc Maximilien et ça se termine en justifiant qu’un policier tire sur une camionnette remplie de migrants et tue la petite Mawda.

On exige de nos dirigeants qu’ils respectent la loi sans chercher à la contourner afin de mobiliser toutes les ressources nécessaires pour venir en aide aux réfugiés et leur apporter la protection qui leur est due.

Carlos Crespo, Président du MRAX – 0485311658