Il y a 55 ans, le racisme d’État tuait en plein Paris

Le 17 octobre 1961, une centaine de sympathisants du FLN qui manifestaient contre le couvre-feu imposé aux nord-africains étaient massacrés et jetés dans la Seine par la police française. La guerre d’Algérie battait alors son plein et quelques mois plus tard, le 8 février 1962, toujours dans la Ville lumière, la violence étatique allait s’abattre notamment sur des activistes anti-colonialistes issus des rangs du Parti Communiste français. Dans la bouche de la station de métro Charonne, 8 personnes succombèrent à la féroce répression policière d’étouffement ou des suites de fractures de cranes.

Si la mémoire du second événement a été davantage entretenue, l’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë ayant rebaptisé du nom du 8 février 1962, la place jouxtant cette tragédie, le premier a bénéficié de moins d’honneurs officiels. François Hollande fut le premier chef d’Etat à rendre officiellement hommage aux victimes sans toutefois reconnaître clairement la responsabilité pourtant évidente de la police parisienne donc de l’autorité publique. On peut faire l’hypothèse que le fait que les victimes soient algériennes dans un cas et françaises dans l’autre, même si les circonstances de leurs morts étaient similaires, ait pu induire une iniquité dans le travail de mémoire concernant ces deux tragiques épisodes de l’histoire française. Après les personnes, il arrive que le racisme tue leur mémoire. Le sociologue Pierre Bourdieu avait fort justement déclaré quelques jours après les faits : «  J’ai maintes fois souhaité que la honte d’avoir été le témoin impuissant d’une violence d’État haineuse et organisée puisse se transformer en honte collective. Je voudrais aujourd’hui que le souvenir des crimes monstrueux du 17 octobre 1961, sorte de concentré de toutes les horreurs de la guerre d’Algérie, soit inscrit sur une stèle, en un haut lieu de toutes les villes de France, et aussi, à côté du portrait du Président de la République, dans tous les édifices publics, Mairies, Commissariats, Palais de justice, Écoles, à titre de mise en garde solennelle contre toute rechute dans la barbarie raciste. » La France a toujours eu du mal à assumer son passé colonialiste. L’appellation officielle de la guerre menée en Algérie jusqu’aux accords d’Evian s’est longtemps réduite aux « événements d’Algérie ». Une manière d’adoucir la réalité des crimes coloniaux.

Celui à qui incombe la responsabilité de crime d’Etat n’est autre que le préfet de police Maurice Papon, aux affaires en 1961 et 1962. Cet homme dont la carrière politique s’étala sur des décennies qui occupa les plus hautes fonctions jusqu’à devenir ministre incarne plus que quiconque le racisme d’Etat évolutif mais persistant à travers les époques. Il sera condamné en 1998 pour complicité de crime contre l’humanité….en raison de son rôle dans la déportation des juifs lorsqu’il était secrétaire général de la préfecture de Gironde sous l’occupation. Ainsi de la collaboration à la Cinquième République, Maurice Papon a pu être à plusieurs reprises exécutant implacable d’une violence étatique criminelle à l’encontre de minorités présentes sur le territoire français.

Il importe aujourd’hui de rendre hommage à toutes les victimes de répressions racistes et colonialistes à Paris comme ailleurs. Mais au-delà de l’indispensable travail de mémoire auquel le MRAX est viscéralement attaché, l’évocation du 17 octobre 1961 et de son sinistre responsable doit nous encourager à la plus grande vigilance quant au racisme d’État qui, en Belgique comme en France, n’a malheureusement pas disparu au lendemain de la libération. Ses formes sont plus souvent plus insidieuses même si avec la libération actuelle de la parole raciste, des Ministres, des Secrétaires d’Etat ou des parlementaires croient pouvoir répandre ouvertement leurs préjugés xénophobes. Dans ce contexte difficile, il faut être particulièrement attentif face aux actes ou paroles racistes, aux discriminations faites par ou dans l’autorité publique (administration, école, police,…Parlement). Aujourd’hui comme hier, le MRAX n’aura de cesse de les dénoncer.

Carlos Crespo, Président du MRAX.