Le 22 septembre 1998 marque l’un des chapitres les plus sombres des politiques migratoires belges. Ce jour-là, Semira Adamu, une jeune femme nigériane de 20 ans, rendait son dernier souffle à l’hôpital Saint-Luc, étouffée au cours d’une sixième tentative d’expulsion forcée.
Menottée et les pieds entravés sur le vol qui devait la renvoyer vers le danger, elle a été victime de la « technique du coussin ». Une méthode d’asphyxie et de contention violente, alors enseignée et validée par les autorités pour faire taire la résistance des personnes expulsées.
Semira Adamu avait fui son pays pour échapper à un mariage forcé. En Belgique, l’administration a refusé de reconnaître la violence patriarcale comme un motif légitime de protection internationale. Enfermée au centre 127bis de Steenokkerzeel, Semira n’a pas été une victime silencieuse. Elle est devenue une lanceuse d’alerte, dénonçant publiquement les conditions d’enfermement et mobilisant la société civile contre l’arbitraire des violences policières et étatiques.
Vingt-huit ans plus tard, le souvenir de Semira Adamu nous oblige.
Si la mort de Semira a conduit à l’interdiction de la technique du coussin et à la démission du ministre de l’Intérieur de l’époque, le système qui a permis ce drame est toujours en place. Aujourd’hui encore, les centres fermés continuent de fonctionner comme des prisons administratives où la seule infraction commise est la quête d’une vie sauve. Les pratiques d’expulsion, les violences institutionnelles et la criminalisation de la migration demeurent au cœur des politiques belges et européennes.
Rendre hommage à Semira Adamu, ce n’est pas seulement entretenir la mémoire d’une vie tragiquement confisquée par la raison d’État. C’est affirmer avec force que :
- La dignité humaine n’est pas négociable et ne peut être étouffée sous des protocoles administratifs ou des mesures coercitives.
- Les centres fermés doivent être fermés et remplacés par une politique d’accueil basée sur l’humanité, le respect des droits fondamentaux et la solidarité.
- Les motifs de persécution fondés sur le genre et les violences patriarcales doivent garantir une protection effective et sans réserve.
Le MRAX réaffirme son engagement sans faille aux côtés de toutes les personnes sans papiers, des collectif·ves de victimes de violences policières et des mouvements d’auto-organisation des personnes migrantes.
Nous n’oublierons jamais le visage, la voix et le combat de Semira Adamu. Tant que prévaudront les logiques d’enfermement et de rejet, son cri traversera nos luttes.
Pour Semira Adamu. Pour que plus jamais une vie ne soit sacrifiée au nom du contrôle des frontières.

#CentresFermés #DerrièresLesMurs #Migrant.e.sEnfermé.e.s #CitoyennetéEmpêchée


