Le Combat du MRAX

L’article 2 de nos statuts définit l’objet social du MRAX comme suit:

Le MRAX est une association qui lutte contre l’antisémitisme, née il y a plus de 60 ans sur les cendres du génocide Nazi à l’initiative d’une poignée de Juifs résistants.

L’association a pour but la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. Elle appelle à l’union et à l’action tou-te-s celles et ceux qui entendent s’opposer aux discriminations, aux haines, aux préjugés fondés sur une prétendue race, la nationalité, la langue, la culture, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la confession ou les convictions philosophiques. Elle veut faire triompher l’amitié et la paix entre les peuples et promouvoir l’égalité et la fraternité entre les êtres humains. Elle contribue à la défense de la mémoire des victimes de persécutions racistes, commises notamment  lors d’un génocide.

Depuis maintenant plusieurs décennies, le Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX) lutte contre toutes les formes de racisme et contre toutes les formes de discrimination.

Ce qui allait devenir le MRAX trouve son origine dans la clairvoyance et la détermination de quelques résistants qui avaient fondé et animé, dans le cadre du Front de l’indépendance, le Comité de Défense des Juifs et organisé le sauvetage de milliers de personnes, spécialement des enfants. Ceux-là ont considéré que leur engagement dans la résistance aurait eu peu de sens si, sous les ruines du nazisme, de nouvelles formes d’injustice, de discrimination et d’oppression réapparaissaient dans les pays autrefois occupés. Par fidélité pour les disparus, et surtout par respect pour les vivants, nous avons cru que la vigilance était indispensable en créant le Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie.

Le Mouvement est bien défini par son sigle: contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. Certes, l’inspiration du Mouvement est positive: pour la dignité, les droits et les chances égales de tous et des relations justes et harmonieuses entre populations différentes. Mais le point d’application, l’engagement spécifique est la dénonciation du racisme et le combat contre le racisme, sous sa double forme d’agression et de haine d’une part, de discrimination et d’exclusion d’autre part. La mission que le MRAX se donne dès le début et qui fait son originalité est la dénonciation du «divorce entre les grands principes de la Déclaration des Droits de l’Homme admis par notre démocratie et la réalité de notre pays ». Il faut assumer cet héritage: nous sommes un mouvement « de la ligne de front ».

À travers toutes ces années, le monde, l’Europe et la Belgique ont changé. Trente ans après l’arrêt officiel de l’immigration, la situation de la population immigrée et d’origine immigrée s’est considérablement modifiée. Des avancées incontestables ont pu être obtenues, par exemple la loi de 1980 qui donnait enfin un cadre légal au séjour et à l’établissement (un statut), celle de 1981 (modifiée en 2003 et en 2007) réprimant certains actes racistes, et, plus récemment quoi que de manière totalement insatisfaisante, l’octroi du droit de vote aux étrangers non européens sous certaines conditions. Il n’en reste pas moins que le racisme est toujours fortement présent. Dans la réalité de la vie de tous les jours, les choses sont loin de s’être améliorées et l’on a peu de leviers pour les changer. Les discriminations de fait sont légions dans l’accès à l’emploi, au logement, aux lieux de loisirs,… L’injure, l’agression verbale, les traitements méprisants demeurent.

Derrière ces discriminations « au premier degré », on ne peut négliger les processus d’exclusion sociale dans lesquels sont prises certaines parties de la population. Nous pensons, en premier, aux jeunes de certains quartiers défavorisés qui, pour des raisons complexes, certes au départ plus sociales qu’ethniques, ont des parcours scolaires peu performants -sans compter que les mécanismes de relégation scolaires bien souvent ne les aident pas, ils n’accèdent pas à un emploi valable et risquent la marginalisation. Or, toutes les études concordent : la pauvreté est concentrée dans certains quartiers qui présentent également une forte homogénéité « ethnique » et/ou culturelle. Et c’est sur cette matière que s’appliquent les discriminations qui renforceront encore davantage cette dynamique d’exclusion.

A cela, les nouvelles générations issues des familles d’origine étrangère, belges pour la plupart, ressentent violemment cette exclusion, y réagissent en se cherchant d’autres voies de reconnaissance, de valorisation ou simplement de respect d’eux-mêmes, parmi lesquelles le repli n’est pas la moins rare des issues. Les replis identitaires, notamment religieux, viennent dès lors s’additionner, voire cautionner, à de nouvelle formes ou motifs d’exclusion…

Pour rompre ce cercle vicieux, un grand travail de dialogue et de reconnaissance positive des personnes et des groupes comme porteurs de cultures, de cultes et/ou de modes de vie doit être mis en chantier, tout en réaffirmant le cadre commun de ce dialogue, centré sur les valeurs de démocratie et d’égalité. Si des avancées ont été faites en matière de reconnaissance du culte musulman (au même titre que les autres religions et philosophies), dans le domaine culturel très peu d’actes concrets ont permis la reconnaissance de la diversité, comme seraient, par exemple, l’enseignement de l’histoire, des langues comme l’arabe ou le turc, à l’école et dans les médias, la création de centres culturels capables de mettre en évidence les arts et la mémoire des communautés culturelles présentes en Belgique…

Ensuite, il faut encore signaler les discriminations d’ordre légal, que la condition d’étranger ne justifie pas. Ici s’impose en tout premier lieu la campagne pour la suppression de la double peine ou bannissement. Dans les dernières années, le MRAX a également été amené à s’engager très activement dans la défense des demandeurs d’asile, l’action pour la régularisation des sans-papiers et le combat contre les centres fermés et les expulsions. C’était « la ligne de front ». Nous ne pouvons nous désintéresser de cet ensemble de questions qui ne concernent pas seulement les personnes elles-mêmes indignement traitées et mises en danger, mais affectent le fonctionnement même de notre démocratie et peuvent aussi provoquer des attitudes et des comportements hostiles à l’égard de toutes populations différentes.

Enfin, si le combat politique contre l’extrême droite n’est pas directement notre objet, nous devons rester très attentifs à détecter et dénoncer les actes et les discours qui favoriseraient l’émergence nouvelle de l’idéologie raciste.