Mot d’ouverture de la SACR 2016 par Carlos Crespo, Président du MRAX

Mesdames, Messieurs,

Tout d’abord, permettez-moi de vous remercier d’être présents à cette conférence inaugurale de notre Semaine d’Actions Contre le Racisme. C’est un honneur pour moi de vous accueillir aujourd’hui à l’occasion de cette matinée qui, à n’en pas douter, sera des plus intéressantes.

Cela fait maintenant dix ans que la SACR, pour reprendre l’acronyme désormais familier, est organisée par le MRAX en étroite collaboration avec différents partenaires. Elle a lieu chaque année depuis 2006 en différents endroits de Bruxelles et de Wallonie.

Tout au long de ces dix années, l’objectif a été de mobiliser les diverses énergies militantes et associatives qui, avec leurs spécificités, combattent le racisme durant toute l’année pour rendre, l’espace d’une semaine, ce combat particulièrement visible. La présente édition rentre plus que jamais dans la même logique puisque cette année, la SACR met en avant l’enjeu de la convergence et de l’articulation des luttes.

En tant que militants antiracistes, vous n’ignorez pas l’importance essentielle du travail de mémoire. Je voudrais évoquer un événement historique dont on s’apprête à fêter les 145 ans. Il s’agit de la Commune de Paris. Le 18 mars 1871, le peuple de Paris se soulève contre les élites dominantes. Pendant deux mois, l’effervescence révolutionnaire gagne les parisiens qui s’affranchissent de leurs oppresseurs et imposent l’égalité réelle. L’insurrection sera bien vite écrasée dans le sang par les gardiens de l’ordre économique et social de l’époque.

Pourquoi attirer l’attention sur cette insurrection prolétarienne durement réprimée, sur le sort de ces malheureux partis à l’assaut du ciel pour reprendre le mot de Karl Marx ? Parce qu’en plus d’avoir été le premier état ouvrier du monde, la Commune fit également l’expérience de la citoyenneté universelle. Les étrangers qui souhaitaient défendre la Commune étaient considérés comme citoyens à part entière car – je cite des responsables communards de l’époque – : « Le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ». Force est de constater que lorsque l’on évoque aujourd’hui les notions de drapeau, de République voire d’universalisme, l’on ne perçoit pas le même élan de générosité et d’ouverture à l’autre, mais cela est une autre histoire.

Si je me permets d’invoquer, devant vous, la mémoire du court mais emblématique épisode de la Commune de Paris, c’est parce qu’il est un exemple concret de la confluence historique entre luttes sociales et luttes de l’immigration, lesquelles inspirent le MRAX dans ses actions et réflexions quotidiennes.

Le MRAX est un mouvement d’Éducation Permanente. Nous poursuivons à ce niveau, dans le respect du prescrit décrétal, un objectif permanent de mobilisation et l’impulsion d’actions de terrain, notamment des minorités, afin que celles-ci se joignent au MRAX en vue de lutter ensemble pour leurs droits et leur émancipation face au système de domination intrinsèque à nos sociétés telles qu’on les connait aujourd’hui. Nous avons diverses thématiques d’actions autour desquels nous suscitons la participation et l’éducation par les pairs : La déconstruction des préjugés, stéréotypes et amalgames ; la lutte contre les discriminations au quotidien et lutte pour le droit des étrangers ; Le vivre ensemble que nous voyons comme une valorisation de la diversité et une reconnaissance des minorités culturelles. Nous nous efforçons de faire évoluer les consciences au moyen d’une pratique sociale et d’un travail de terrain.

Le racisme a évolué avec la société. Avant, les suprémacistes du KKK lynchaient des afros-américains. Désormais, ils peuvent se contenter de soutenir un candidat à la présidence des Etats-Unis qui a toutes ses chances d’être élu. Avant, les lepénistes noyaient des « arabes » dans la Seine. Maintenant ils vont sagement écouter Marine éructer sur les prières de rue. Avant, la police tsariste fabriquait de toutes pièces un faux pour attiser la haine du juif et légitimer les pogroms. A présent, les délires complotistes antisémites se diffusent dans le monde à la vitesse d’une connexion internet. Le MRAX doit adapter ses moyens de luttes à ces évolutions. Il doit surtout donner les outils pour permettre notamment à ceux qui sont issus des classes populaires de décoder au mieux les enjeux du monde dans lequel ils vivent. Un travail éducatif constant doit être mené pour expliquer que le racisme sous toutes ses formes doit être combattu sans relâche. Moins pour des raisons morales que pour garantir effectivement l’égalité entre tous les citoyens !

Je vais conclure ce petit mot d’introduction en évoquant quelque chose qui fait peut être l’originalité et la cohérence du discours du MRAX. Il s’agit de la dénonciation systématique du divorce entre les grands principes de la Déclaration des Droits de l’Homme admis par notre démocratie et la réalité de notre pays. Ce n’est peut-être pas un grand récit de l’émancipation qui est proposé mais c’est à tout le moins une modeste maxime qui donne tout de même du sens à notre combat.

Je vous remercie et je vous souhaite un bon séminaire et une bonne SACR.

Carlos Crespo, Président du MRAX

Mars 2016

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