Mon identité ou mes études ? Rachida et Ikram, deux générations, le même combat

Publié par MRAX le

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Rachida est une ancienne cheffe d’entreprise qui a 41 ans. Ikram, une étudiante en Master âgée de 21 ans. Elles sont issues de générations différentes et ne se sont jamais rencontrées. Et pourtant, elles partagent une histoire, celle de la discrimination aux études. En effet, les deux femmes ont été restreintes dans leur liberté à cause du règlement de Francisco Ferrer qui interdisait le port du voile dans son établissement.

Aujourd’hui, elles nous livrent un témoignage intergénérationnel, tristement proche où peu de progrès sont visibles malgré les 20 ans d’écart entre les deux histoires. 

Une discrimination qui ne date pas d’hier

En 1999, Rachida contactait le service juridique du MRAX car elle ne trouvait pas d’école autorisant le voile dans la filière de sa passion. Le MRAX avait contacté la direction de Francisco Ferrer (et d’autres écoles) mais cette dernière avait refusé toute possibilité de négociation. Rachida qui rêvait d’étudier les mathématiques, a dû se rabattre, par dépit, sur des études de comptabilité dans une école où elle n’était pas discriminée.

21 ans plus tard, elle s’en souvient avec douleur :

« On se projette dans un métier qui nous plait pour ensuite être contrainte de l’abandonner. J’ai fini par choisir la comptabilité. Au final, j’ai aimé travailler dans la comptabilité, j’ai fait de belles rencontres. Mais c’était un choix extrêmement difficile à faire. À la base, je voulais étudier les math, c’était ma réelle passion, ce que je voulais faire comme métier. Et on me l’a interdit. Ça m’avait profondément blessée de devoir choisir entre qui je suis et ma passion. Encore aujourd’hui, ça me fait mal. »

Rachida
Extrait du MRAX Info 1999 – Article sur Rachida

Déjà, en 1996, la Haute École de Francisco Ferrer, organisée par la ville de Bruxelles, stipulait dans son règlement :

« Il est interdit de se présenter en portant des insignes, des bijoux ou des vêtements qui reflètent une opinion ou une appartenance politique, philosophique ou religieuse. »

Haute École de Francisco Ferrer, 1996

Aujourd’hui, l’interdiction de port de signes convictionnels dans l’enseignement ou le service public est souvent justifiée par le principe de « neutralité exclusive ». Ce dernier prétend construire un environnement neutre, en excluant toute apparence politique ou religieuse dans le but de garantir une dite neutralité.

La Haute École de Francisco Ferrer a usé de cette justification (et n’est pas la seule) afin d’exclure les femmes qui portent le foulard de leur établissement. Cette discrimination a perduré de génération en génération, privant de nombreuses femmes à la fois de leur liberté du choix d’étude et également d’exprimer leurs convictions.

Ikram, tout comme Rachida il y a 21 ans, a été face à un dilemme : réaliser des études qui la passionnent dans une école qui refuse de l’accepter telle qu’elle est ou s’inscrire dans une école qui autorise le voile et faire des études qui ne lui plaisent pas ?

Consciente qu’il n’y avait pas d’autres alternatives, Ikram a dû se résoudre à s’inscrire à Francisco Ferrer afin de poursuivre les études de son choix : l’office management. Mais cette décision n’a pas été faite avec le cœur léger :

« Je me suis promise que j’allais me soumettre à ce règlement injuste uniquement pendant la période des études, mais lorsque je serai dans le monde du travail, je garderai mon voile.

(…)

Tous les jours, devant ce petit miroir de la honte, je devais retirer mon voile à l’entrée, je me sentais dénudée, comme si, pour aller étudier, je devais retirer une partie de moi-même. C’était vraiment dur. »

Ikram

De plus, ce règlement autorise une attitude de vigilance malsaine chez certain-e-s professeur-e-s. Lors d’une sortie scolaire, Ikram a été obligée par une professeure de retirer son voile alors qu’iels étaient en dehors de l’établissement. Devant son refus, puis sa soumission face à l’insistance de l’enseignante, elle n’eut d’autre choix que de retirer son voile dans un lieu public non soumis à une interdiction. Face à son incompréhension, l’enseignante a dit à Ikram – qui était frustrée- : « pourquoi tu boudes ? tu es belle sans ton voile ! »

Un commentaire qui de premier abord parait innocent mais qui en fait, relève de l’islamophobie sexiste normalisée. Dire qu’une femme est belle sans son voile, n’est-ce pas insinuer qu’elle est moche avec son voile ? que cette personne est mieux sans son voile ? Comme si porter le voile rendait la personne « mauvaise » alors qu’il s’agit d’une manière légale d’exprimer sa religion.

Rachida (41 ans) et Ikram (21 ans) sont issues de générations différentes, et pourtant leurs histoires sont tristement similaires. Le règlement a empêché l’une à poursuivre les études de son choix et l’autre à renoncer à son droit à exprimer sa religion. En 20 ans, combien de femmes ont été exclues du cursus scolaire ? Contraintes de choisir entre leur identité et leur scolarité ? 

Le changement qui paraissait impossible

N’en pouvant plus de vivre cette situation, 4 étudiantes courageuses ont décidé de porter plainte contre ce règlement discriminatoire. La suite est connue : elles ont gagné le procès.

La donne a changé. Les futures étudiantes pourront officiellement poursuivre les études de leur choix sans discrimination. 

Photo : Collectif des 100 diplômées

Rachida raconte sa réaction quand elle a appris la nouvelle :

« La réaction que j’ai eue quand j’ai reçu l’information… Je vais utiliser un grand mot : je l’ai vécu comme un miracle. Je ne m’y attendais pas du tout. Si on avait demandé mon avis avant la décision, je n’y aurais pas cru. C’était également un soulagement. Maintenant, une jeune fille peut décider de son avenir éducatif sans se soucier de l’existence d’un règlement discriminatoire. Elle pourra simplement choisir les études qui lui plaisent. J’étais vraiment ravie de cette décision pour les futures étudiantes. »

Rachida

Ikram quant à elle, était sur place lorsque la décision a été annoncée :

« J’étais sur place, donc c’était une onde de choc et beaucoup d’émotions. Je n’y croyais pas, je me disais que c’est impossible pendant mon cursus même si au fond de moi je le souhaitais tellement. Le jour J, je faisais le tour de l’école pour vérifier auprès de tout le monde que l’info était vraie. En rentrant, je me suis dit que c’était le plus beau cadeau de Dieu de toute ma vie, vraiment beaucoup d’émotions, j’étais en effervescence. »

Ikram

Cette décision a prouvé que la lutte, la mobilisation et la solidarité peuvent apporter du changement dans la société. Et surtout, qu’il ne faut pas perdre espoir.

« Le vrai combat vient seulement de commencer »

Cependant, cette décision n’est pas synonyme de la fin des discriminations islamophobes au sein des écoles. Au contraire, Ikram rappelle que « Le vrai combat vient seulement de commencer aujourd’hui ».

« Les enseignant-e-s qui, avant, pouvaient se cacher derrière ce règlement discriminatoire, commencent à dévoiler leur vrai visage. J’ai entendu des choses, vu des choses…Et c’est vraiment horrible. Allant du « simple » regard déplacé aux professeurs qui déclarent ouvertement qu’iels étaient favorables au règlement discriminatoire, (…) il faut continuer à se battre. »

Ces paroles d’Ikram très touchantes révèlent la difficulté des changements sociétaux. La lutte ne sera jamais terminée jusqu’au jour où nous arriverons à une véritable société égalitaire et inclusive.

Il est fondamental de rappeler que derrière chaque droit acquis, des personnes ont souffert et se sont battues afin que toute la société et les générations futures puissent en jouir. C’est grâce aux histoires partagées, comme celles de Rachida et Ikram, que nous n’oublierons pas les luttes de chacune.

Propos recueillis par Nïmat Bennacer et Ali Nishikawa

Un grand merci à Rachida et Ikram pour leur temps.