Les Nuits de Cristal. Que s’est-il passé le 9 novembre 1938 ?

Aujourd’hui, en 2019, cette date marque la journée internationale contre le fascisme et l’antisémitisme. Elle a été choisie car elle rappelle un moment fatidique dans la politique allemande nazie. Dans la nuit du 9 novembre au 10 novembre 1938, de violents pogroms antijuifs ont lieu en Allemagne et en Autriche.

Dès le début des années 30, la situation des juifs se détériore en Allemagne. Les lois de Nuremberg et la privation des juifs de leurs droits comme la citoyenneté allemande, l’impossibilité pour eux d’accéder à la profession de médecin et l’obligation pour eux de déclarer leurs biens sont autant de mesures qui ont pour but d’obliger les juifs à émigrer, chose que les juifs ne s’empressent pas de faire. Excédé par l’humiliation et le harcèlement systématique des membres de sa communauté, le 7 novembre à Paris, un jeune juif assassine un diplomate allemand. Le prétexte est tout trouvé par les nazis qui vont utiliser ce meurtre comme prétexte idéal à l’accélération de la violence antisémite. Les autorités font croire à une explosion de colère spontanée, populaire et légitime en réaction à l’attentat de Paris.

Cette version officielle cache en réalité une propagande d’Etat qui profite de l’occasion pour déclencher son plan d’extermination des juifs. Dans la presse allemande, on alimente le mythe de la conspiration juive mondiale et on menace de représailles. Les hauts fonctionnaires du parti nazi font circuler des directives dans leur rang. Membres des SA, des SS et des Jeunesses hitlériennes comprennent qu’ils peuvent passer à l’acte, les autorités allemandes n’interviendront pas.

Les agresseurs se ruent à l’assaut des centres communautaires, des maisons et des synagogues qui sont pillés et incendiés. Les émeutes se propagent en Allemagne, en Autriche et dans les Sudètes. Des cimetières sont profanés, près d’une centaine d’hommes juifs sont tués et des femmes sont violées. Des milliers de commerces, de bureaux et d’entrepôts tenus par des juifs sont saccagés, les marchandises volées et les vitrines brisées, d’où l’appellation « Nuits de cristal » en référence aux débris qui jonchaient les rues au lendemain des attaques.

Alors que la police a reçu l’ordre de laisser la foule violente gagner du territoire, ces évènements vont permettre au régime nazi d’arrêter près de 30 000 hommes juifs et de les déporter vers des camps de concentration. Il s’agit alors de la première déportation de juifs à grande échelle sur la seule base de leur appartenance ethnique. C’est en cela que la date du 9 novembre marque un tournant dans la mise en œuvre d’un des pires génocides : la Shoah.

Comble de l’ignominie, le gouvernement allemand fera payer à la communauté juive le coût des dommages des émeutes en leur infligeant une amende collective punitive, les tenant ainsi pour responsables de la « juste colère du peuple allemand ».

Les semaines et les mois qui suivront, les juifs seront soumis à des mesures de plus en plus radicales et se verront progressivement exproprier de leurs biens,  éliminer de l’économie allemande et isoler de la vie sociale. Cela entraina une vague de suicide sans précédent dans la communauté juive ainsi qu’une accélération de l’émigration des juifs d’Allemagne.

Commémorer cette triste date a des applications évidentes à la situation actuelle. Rappeler les conséquences d’une idéologie basée sur la supériorité absolue d’un groupe humain est une leçon de réalisme. Ce sont toujours les mêmes mécanismes de propagandes de déshumanisation et criminalisation qui précèdent les massacres de masse. Ce danger existe toujours dans notre société. Le devoir de mémoire, un levier puissant de lutte contre le racisme.

Carlos Crespo, président du MRAX

0485 31 1658

Événement : Samedi 9 novembre 2019 à 11h00 au Musée Juif de Belgique  Rue des Minimes 21, 1000 Bruxelles

A l’occasion de la journée internationale contre le fascisme et l’antisémitisme, le MRAX, en partenariat avec ResistanceS.be, le Musée juif de Belgique et l’Association pour la Mémoire de la Shoah, organise une journée de commémoration en l’honneur des victimes des persécutions nazies.

Vous souhaitez en savoir plus sur cette nuit de Cristal et parcourir avec nous les rues de la capitale à la découverte des pavés de la mémoire ? Rendez-vous au Musée juif le samedi 9 novembre à 11h.