Axes Programmatiques du MRAX 2016/2019

Le MRAX est un mouvement de résistance. Cette affirmation renvoie tant au passé qu’au présent de notre organisation. C’est avec fierté que nous revendiquons notre filiation idéologique avec des gens comme Yvonne Jospa qui fonda, avec d’autres, le MRAX et le marqua indéfectiblement de son empreinte. La référence aux résistants qui furent à l’initiative de la création de notre organisation prend, aujourd’hui plus que jamais,tout son sens.

Alors que se retrouvent, pour la première fois depuis 1944, au plus haut sommet de l’état des individus qui font preuve d’un certain relativisme historique quant aux crimes de la collaboration ou qui sont bien complaisants voire amicaux avec des nostalgiques de l’Ordre Nouveau, il est essentiel de s’affirmer comme mouvement de résistance.

Résistance contre les discriminations, contre les inégalités, contre la stigmatisation et contre la violence qui n’est pas toujours que symbolique contre ceux qui à qui l’on s’en prend au sein de notre société pour ce qu’ils sont, le MRAX entend rester un mouvement de la ligne de front en menant une lutte antiraciste qui, dans une approche intersectionnelle, transcende tous les racismes.

Cette résistance sur la ligne de front doit se faire de manière tant défensive qu’offensive. 

Nous ne pouvons d’abord rien laisser passer quant à notre lutte contre les discriminations et contre les discours de haine.

1. Lutte contre les Discriminations 

Le MRAX a participé à l’émergence de revendications dans la lutte contre la discrimination à l’emploi (revendications sur les actions positives, sur la mise en place de testing et sur le permis unique).
Tout en prolongeant notre action sur la lutte contre la discrimination à l’emploi, nous souhaitons maintenant l’élargir à la lutte contre la discrimination au logement et à l’enseignement.

Dans ce domaine, nous ferons un focus sur la discrimination croisée faite aux femmes de confession musulmane qui, portant le voile, se voient interdire l’accès à l’enseignement supérieur et à l’enseignement de promotion sociale à moins d’accepter de retirer leur voile pour entrer dans l’établissement, participer aux cours et, parfois, réaliser leur stage professionnel.

Nous mènerons également une action visant à renforcer la conscientisation chez les personnes concernées par la discrimination touchant les roms afin de susciter et/ou renforcer leur détermination à dénoncer les discriminations qui les touchent et à lutter contre elles.

2. Lutte contre les discours de haine 

La lutte contre les actes et discours de haine est un combat quotidien. Nous devons ainsi nous montrer particulièrement vigilants et réactifs lorsque ces actes et discours participent à la persistance et à la reproduction de phénomènes tels que la relativisation et la négation des génocides, la criminalisation et la déshumanisation des racisés, l’appel au meurtre, la banalisation de la haine…

Dans le cadre de la banalisation des propos haineux, nous serons particulièrement attentifs et réactifs face à un nouveau type de racisme, de plus en plus virulent, à savoir l’islamophobie. Nous condamnerons avec force les discours et leurs dérives appelant aux comportements islamophobes.

Dans un but tant de sensibilisation à l’islamophobie qu’à une réflexion plus profonde sur les moyens de la combattre, nous activerons à nouveau le groupe de travail « islamophobe ».
Pour ces actions de sensibilisation, nous veillerons à travailler en partenariat avec l’ensemble des acteurs qui luttent contre l’islamophobie.

Concernant la lutte contre l’antisémitisme, nous serons attentifs à l’évolution d’un antisémitisme qui, d’une relativisation du génocide nazi s’est transformé en négation du génocide nazi, cette négation ayant glissé vers une relativisation de l’importance de la lutte contre l’antisémitisme et terminer aujourd’hui, au mieux, à une négation de l’importance et de la légitimité de la lutte contre l’antisémitisme – celui-ci « n’existant pas », le génocide nazi n’ayant lui-même, prétendument, « pas existé » – voire, au pire, à une légitimation de l’antisémitisme. Nous nous montrerons vigilants et fermes à l’encontre de toute personne, quelle qu’elle soit, qui exprimera un discours de haine à l’encontre des personnes juives ou supposées l’être parce que juives ou supposées l’être.

Enfin, les discours de haine et insultants à l’encontre des personnes afro-descendantes sont, dans un contexte imprégné par une ambiance coloniale jamais déconstruite, toujours aussi banals. Nous réagirons systématiquement à ces discours lorsqu’ils seront portés dans l’espace public.

Quelles que soient les personnes ciblées par les discriminations et propos racistes, nous continuerons de mener des actions de dénonciation et de lutte, judiciaire si possible, afin de résister à la banalisation de ces phénomènes. Nous serons par ailleurs d’autant plus vigilants lorsqu’il s’agira de réagir aux initiatives et communications politiques et institutionnelles. 

Nous savons que l’utilité sociale de la théorisation racialiste est de servir de mythe visant la domination, l’exploitation et l’oppression des hommes. Nous subissons ce mythe comme cadre de débat, éléments de débat, champs argumentatif et linguistique de débat… et nous sommes systématiquement à la rechercher d’adaptations à la marge quant à ce mythe.
En tant qu’antiracistes porteurs d’un projet de justice sociale, nous devons cesser de nous laisser duper et disperser par cette lamentable stratégie de division qu’est la théorisation racialiste et imposer la mise à l’agenda de la vraie question : celle de l’oppression de l’homme par l’homme et ne plus courir dans la réaction systématique aux stratégies développées et utilisées afin de mieux dominer et oppresser. Il faut lutter contre l’antisémitisme, l’islamophobie, l’afrophobie, la négrophobie, la romaphobie… en les nommant, en les expliquant, en les dénoncant, particulièrement pour ce qu’ils représentent dans la vie des gens qui sont concernés par ces phénomènes, mais nous devons absolument aller au-delà, être à l’initiative, attaquer ce système qui produit ces supercheries que sont ces racismes, en le mettant à nu et en l’obligeant à faire tomber le masque. Bref, nous devons reprendre l’initiative et passer à l’offensive. 

3. Travail sur les Mémoires 

Le MRAX a été fondé par des résistants juifs communistes sur les cendres du génocide nazi avec pour mot d’ordre de lutter contre toute résurgence de ce qui a permis et mené à cette entreprise totalitaire et génocidaire au cœur de l’Europe. Préserver la transmission d’une mémoire militante quant au déroulement de ces évènements participe à cette lutte et inscrit celle-ci dans un continuum historique. 

D’autres faits majeurs de l’histoire lointaine comme de l’actualité proche, tels l’esclavagisme, les massacres et les génocides des amérindiens, des arméniens, des musulmans d’ex-Yougoslavie, des rwandais, des peuples d’Afrique et du Proche-Orient, l’entreprise coloniale d’hier et d’aujourd’hui – dont la colonisation du Congo par la Belgique, les déplacements forcés de populations… sont tous des événements à investir et à rappeler à travers un angle militant.

Nous insisterons sur la nécessaire reconnaissance de l’holocauste ayant frappé les populations noires durant plusieurs siècles.
Face à un négationnisme rampant, nous défendrons le maintien et la promotion d’une mémoire vive quant à l’entreprise génocidaire nazie ayant frappé les populations juives d’Europe et les populations Roms.

Nous insisterons également sur la reconnaissance des crimes coloniaux, principalement au Congo, et sur la mise à nu de ce qu’était le colonialisme et de ce qu’il visait. En cela, nous revendiquerons la décolonisation de l’espace public en Belgique et le remplacement de ces traces colonialistes par une mise à l’honneur des grandes figures de la décolonisation.

Enfin, nous défendrons et soutiendrons les initiatives visant l’émancipation culturelle et le processus de « retour à soi » entrepris par des populations issues des anciennes colonies.

4. Soutien à la lutte des Sans-papiers et pour la fermeture des Centres fermés 

L’année 2016 a été marquée par une oppression très forte à l’encontre des sans- papiers : rafles dans les occupations et les domiciles privés, arrestation des leaders, fermetures des occupations, politique accrue de détention dans les centres fermés, absence totale de dialogue avec le Gouvernement fédéral… Face à cette oppression, il est important de reprendre l’initiative et de mener une lutte offensive en usant des moyens nécessaires à la protection des personnes visées par ces politiques. Nous allons maintenir notre soutien logistique, pédagogique et politique aux collectifs, aux occupations et à la Coordination des collectifs de sans-papiers.

Un agenda de revendications sera porté par le MRAX à travers le Front d’Actions des Migrants et la Plateforme associative de soutien des sans-papiers portée par le CIRÉ et les syndicats.
Des actions de terrain seront menées pour porter ces revendications.

Concernant les Centres fermés, une action sera développée afin de créer les conditions nécessaires à l’empêchement des expulsions et à la fermeture des Centres fermés. En effet, la simple possibilité de pouvoir priver quelqu’un de sa liberté en raison de sa situation administrative doit être considérée comme relevant du racisme d’Etat et doit être combattue à ce titre.

5. Renforcement de la lutte antiraciste du MRAX 

Commission juridique 

La Commission juridique du MRAX va être relancée en 2017, celle-ci apportera un soutien tant au Conseil d’Administration qu’au Service juridique. D’abord en aidant à l’élaboration de réponses adaptées aux dossiers individuels et à la prise de décision concernant les actions judiciaires à mener. Ensuite en participant à l’élaboration de positions et de campagnes dans le domaine de la lutte Contre le racisme et pour l’égalité des droits.

Convergence et massification 

Antiracisme et monde du travail
Par l’inscription du combat antiraciste dans la lutte contre la domination, l’exploitation et l’oppression socio-économique, nous souhaitons participer à la mise en place d’une réaction structurelle face à la stratégie de division qu’est le racisme et jeter les bases d’un antiracisme offensif porteur d’un contre-projet émancipateur puissant. Nous luttons pour une justice sociale où, d’une part, chacun jouit d’un plein respect de sa dignité dans ce qu’il souhaite être et où, d’autre part, chacun jouit d’une pleine égalité de droits dans son accès aux biens, aux ressources et aux positions sociales.2

Nous mènerons pour cela une politique de rapprochement vers les acteurs syndicaux. L’objectif est la mise en place et l’institutionnalisation d’une collaboration entre les syndicats et le MRAX pour renforcer et massifier la dynamique antiraciste au sein des mouvements ouvriers et, de là, faire de notre asbl un partenaire privilégié de la lutte antiraciste menée par mouvements ouvriers.

Nous agirons à travers la formation des syndicats et des travailleurs, l’instauration de partenariats sur des projets de lutte communs et la mobilisation des membres du MRAX actifs dans les mouvements syndicaux afin qu’ils portent les revendications du MRAX au sein de leurs structures.

Développement du MRAX en Wallonie et en Flandre
Le MRAX a développé des partenariats à travers la Wallonie et la Flandre. Ceux-ci seront intensifiés en mettant l’accent sur plusieurs points:

•Inclusion des acteurs non-bruxellois dans la lutte antiraciste autour des lignes du MRAX;

•Rendre les services du MRAX plus accessibles à la population en-dehors de Bruxelles;

•Renforcer le statut du MRAX comme partenaire associatif antiraciste de référence en Belgique.
Soutien à un réseau antiraciste
Le MRAX souhaite apporter son soutien à la pérennisation d’un lieu de rencontre et de fédération qui, dans la continuité des travaux de la Plateforme de lutte contre le racisme, soit représentatif qualitativement et quantitativement de l’ensemble des acteurs liés à l’action antiraciste sur le territoire de la FWB.
Le développement du MRAX en Wallonie et en Flandre, la mise en place de partenariats avec les mouvements ouvriers et les associations antiracistes, le soutien à un réseau antiraciste large… participeront à la massification du combat antiraciste mené par le MRAX, massification essentielle au passage à une lutte antiraciste offensive.