Le groupe « Manouchian », héroïsme passé et enjeu d’actualité

En ce mois de février, cela fera 74 ans que les membres du groupe « Manouchian » ont été exécutés au fort du Mont-Valérien par les sicaires de l’occupant. Le 21 février 1944, quelques mois avant le débarquement en Normandie, le résistant Missak Manouchian et ses camarades des « Francs-tireurs et partisans de la Main-d’oeuvre immigrée (FTP-MOI) », tombaient sous les balles nazies. Les autorités du régime de Vichy ont ensuite joint l’infamie au crime en placardant dans différentes places de France des affiches de couleur rouge ornées des portraits des fusillés sur un fond sombre, rendant ainsi public un visuel anxiogène barré de la mention « La Libération par l’armée du crime ». Leur manœuvre grossière de propagande pour faire passer des héros pour des bourreaux consistait principalement à mettre en exergue les ascendances étrangères des résistants afin de jouer sur les peurs xénophobes de la population. La suite de l’histoire rend honneur à la France et à l’humanité toute entière. Sur les affiches des collaborateurs, des français anonymes avaient rajouté peu après des inscriptions « L’armée de la résistance » ou « Morts  pour la France ». La propagande Vichyste se retournait contre ses auteurs qui n’allaient plus pouvoir sévir bien longtemps. Cet épisode a été rendu célèbre par un texte d’Aragon chanté par Ferré.

Le MRAX, conscient de ce qu’il doit à ceux qui se sont levés un jour contre l’oppression et l’injustice, rappelle l’importance du travail de mémoire par rapport à ces personnes, arméniennes, espagnoles, hongroises, italiennes, polonaises et roumaines qui ont été jusqu’à donner leur vie pour leur pays d’accueil. Il est à espérer qu’un jour la République ouvre les portes de son Panthéon à ces combattants morts pour les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité qui la fondèrent naguère.

Cet événement doit aussi interroger la figure de « l’étranger » dans une société. Les détenteurs du pouvoir arbitraire de l’époque ont pensé qu’il suffisait de rappeler les nationalités d’individus qu’ils avaient suppliciés et assassinés pour essayer de dénaturer leurs actes de résistance. Ironie déplorable de l’histoire, à notre époque, les héritiers idéologiques de ceux qui tinrent le fusil ou collèrent l’affiche infâme, entendent souvent se présenter comme des « résistants » face à « l’étranger » ! Manouchian et ses compagnons de lutte étaient pourtant bien d’avantage les récipiendaires de l’histoire héroïque de la France des lumières et de la Révolution que ceux qui agitaient frénétiquement le drapeau français au passage du Maréchal Pétain et des dignitaires de son régime. Peut-être qu’il s’en trouvera certains parmi nos contemporains les moins inspirés pour considérer qu’ils avaient « leurs raisons ». La perception de ce qu’est la démocratie, l’égalité et l’humanisme par Missak Manouchian est pourtant riche d’enseignement pour nos générations actuelles. Avant d’être fusillé, il avait écrit à son épouse : «  Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. » Cette vision force hier autant qu’aujourd’hui l’admiration et le respect.

Il est difficile aujourd’hui de débattre sereinement de ce tout ce qui concerne « l’étranger » ou de tout ce qui peut lui être assimilé. Nombreux sont les personnes dont certaines sont bienveillantes qui pourraient même se dire que le moment n’est pas propice pour défendre trop ouvertement le droit des « étrangers »  car cela serait contre-productif au vu des craintes vécues par une grande partie de la population par rapport à son avenir. Pourtant, si l’on croit vraiment en la démocratie, alors il est indispensable d’élargir le plus possible son assise. Il y aura toujours des prétendues bonnes raisons de vouloir différer l’accès plein et entier à la citoyenneté pour « l’étranger ». Récemment, une nouvelle initiative s’est mise en place pour donner le droit de vote pour les élections régionales aux « étrangers » résidant à Bruxelles, cela doit être salué comme tout autre démarche visant à assurer l’égalité réelle. Pour les élections communales, il est vrai que ce droit est prévu moyennant inscription préalable pour les « étrangers » résidant en Belgique depuis plus de cinq ans et une adhésion à la Constitution, aux lois du peuple belge et à la Convention européenne des droits de l’Homme. Cette obligation vaut uniquement pour les citoyens « étrangers » non membres de l’Union Européenne, ce qui pose, par ailleurs question, quant à l’égalité de traitement des différentes composantes du corps électoral. Le MRAX considère que la citoyenneté pleine et entière des résidents d’un pays quelles que soient leurs origines contribue assurément à la vitalité démocratique dudit pays.

Carlos Crespo, président du MRAX