La manne électorale migrantophobe comme enjeu de campagne ? Attention, danger !

Cela fait plusieurs semaines déjà que la campagne électorale pour les communales est bien lancée. La commune est le niveau de pouvoir le plus proche des citoyens et, à ce titre, mérite de retenir tout l’intérêt des électeurs et de ceux qui aspirent à les représenter. Il est donc logique dans une démocratie qui se respecte que ceux qui sont porteurs de l’offre politique occupent l’espace médiatique pour se démarquer, se différencier et se profiler. Toutefois, il est déplorable que, dans beaucoup de cas, les sorties publiques des candidats au scrutin du 14 octobre prochain ne concernent aucunement les matières communales. 

Ainsi, et ce n’est pas une surprise, sur les trois derniers mois, l’essentiel des prises de positions des candidats N-VA à un nouveau mandat de bourgmestre à la tête des communes d’Anvers, Braschat et Lubbeek concernait des questions relatives aux migrants. Le lien entre ces questions et les politiques communales ne semblant pas vraiment ténu, Messieurs De Wever, Jambon et Francken ont probablement considéré que la musculation sur ces questions fédérales peut s’avérer porteuse auprès de leur électorat local. La tendance de la N-VA, à l’instar d’autres partis de droite extrême ou d’extreme-droite  européens, à faire un grand battage médiatique sur ces questions pour en tirer un profit électoral est tout sauf une nouveauté. On pourrait même dire que le trio précité n’est pas illégitime pour s’exprimer sur des questions supra-locales puisqu’ils occupent des fonctions de président de parti ou de membre d’un exécutif fédéral.

D’autres semblent avoir également considéré qu’il existe une manne électorale « migrantophobe » dont ils pourraient bénéficier au niveau municipal. Bien sûr, il y a une kyrielle de bourgmestres et d’échevins N-VA qui mettent davantage en avant le positionnement musclé de leur parti sur la question des migrants plutôt que leur propre bilan et/ou programme au niveau local. D’ailleurs, il y a quelques mois, les toutes-boites en vue des communales du parti nationaliste distribués dans différentes communes bruxelloises mettaient en avant Jambon et Francken….candidats dans leurs respectives communes flamandes. Il y a aussi dans d’autres partis, une volonté de séduire l’électorat local sur les clichés liés aux migrants. Au sein de l’extrême-droite, on peut ainsi évoquer le Parti populaire, qui tente de déposer des listes un peu partout en Wallonie et à Bruxelles, dont la monomanie sur les réfugiés a même provoqué le départ de son unique parlementaire wallon. Même dans les partis démocratiques, il se trouve des candidats aux plus hautes fonctions municipales qui pensent que l’accès à celles-ci passe par la mobilisation des affects des électeurs sur les questions liées aux migrations. Récemment, Alain Courtois, candidat et tête de liste MR à la Ville de Bruxelles, y est allé de sa posture matamoresque en disant qu’il fallait « vider » le parc Maximilien et éviter qu’il se transforme en « hub » à réfugiés illégaux. D’autres ne sont pas en reste, à Mons, la tête de liste PS Nicolas Martin, lors d’une récente interview où il s’affirmait comme candidat bourgmestre, a surtout parlé des « délits » commis dans sa ville par des « sans-papier » à qui l’inaction du fédéral garantirait une « impunité totale ».

D’aucuns argueront que ces thématiques intéressent aussi les électeurs et qu’il est donc logique de prendre du temps pour en parler. A supposer que ce soit le cas, devrait-on considérer que ceux-ci s’intéressent si peu aux questions de logement, de mobilité ou de propreté publique au vu de l’apparente discrétion sur ces matières de beaucoup de candidats aspirant pourtant à les gérer au niveau local ? Ne prendrait-on pas tout simplement les électeurs pour des imbéciles lorsque certains candidats tentent de détourner l’attention de la faiblesse de leur action politique par des envolées somme toute rhétoriques ? Or les dirigeants politiques qui jouent sur les peurs de leurs électeurs ne peuvent ignorer le contexte délétère dans lequel nous nous trouvons, et que leurs discours xénophobes contribuent à renforcer grandement. Au-delà de la figure du « réfugié » qui alimente tant de fantasmes depuis l’année-charnière de 2015, le rapport de notre société à l’altérité, à ce qui est différent ou ce que l’on perçoit comme tel a en effet de quoi inquiéter. Ainsi, alors que le MRAX, comme d’autres, dénoncent depuis plusieurs années la libération de la parole raciste, force est de constater que depuis le début de cet été, c’est de plus en plus à la libération de l’acte raciste que nous sommes confrontés ! Il y a d’abord eu l’immonde agression d’Anderlues, où une jeune femme musulmane a été suppliciée par deux criminels de manière aussi abjecte que gratuite. Des femmes afro-descendantes ont aussi été violentées au Festival du Pukkelpop par une meute de d’individus imprégnés d’idées racistes et colonialistes. Il y a quelques jours, à Aarschot, un adolescent a été pris à parti et jeté sur une voie de chemin de fer en raison de la couleur de sa peau. Les violences envers les minorités semblent de moins en moins espacées et de plus en plus intenses dans notre pays. Ces faits récents ont été précédés durant ces derniers temps par une entreprise de mise en exergue, puis de criminalisation voire de déshumanisation d’une partie de notre société. Ceux qui passent à l’acte le font dans un contexte sociétal bien déterminé. Une campagne pour les élections communales doit avant tout viser à rapprocher les politiques des citoyens et non à permettre aux premiers d’éloigner la majorité de la minorité des seconds. Il faut que les responsables politiques, à tout le moins les démocrates, prennent la mesure du risque de voir demain un passage à des actes aux conséquences encore plus graves pour les victimes que ceux que nous avons connus cet été. La proximité avec les électeurs à l’occasion d’une campagne communale doit être un moment privilégié où l’on fait vivre l’égalité réelle et non un temps funeste où l’on échange un préjugé contre une voix !

 

Carlos Crespo, président du MRAX