L’histoire de la démocratie nous démontre que celle-ci s’estompe lorsqu’elle n’est plus abordée que comme un ensemble de procédures froides et rigides plutôt que comme un projet de société vivant, mouvant, captivant, collectif… bref, un projet humain.
La démocratie, pour être vécue, a bien plus besoin d’acteurs citoyens que d’institutions qui, bien qu’également nécessaires au bon fonctionnement de l’état de droit, sont insuffisantes à la préservation et à la transmission des valeurs démocratiques.

Kant décrit les « Lumières » comme « […] la sortie de lhomme hors de l’état de minorité, où il se maintient par sa propre faute. La minorité est lincapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Elle est due à notre propre faute quand elle résulte non pas dun manque dentendement, mais dun manque de résolution et de courage pour sen servir sans être dirigé par un autre.[…] La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent quun si grand nombre dhommes, alors que la nature les a affranchis depuis longtemps de toute direction étrangère, restent cependant volontiers, leur vie durant, mineurs; ».

Les replis identitaires, les théories racistes, le communautarisme violent…qui prolifèrent aujourd’hui sont partiellement les conséquences de la perte de vigueur de l’engagement citoyen dans la collectivité, et donc du déclin des valeurs démocratiques, du déclin des Lumières, que cet engagement citoyen produit, déploie et reproduit.

Il est nécessaire de réveiller ce corps social qui s’endort, proche de l’amnésie quant à ses responsabilités démocratiques mais clairement comatique quant aux situations d’injustice, d’exclusion, d’exploitation et d’oppression qui se déploient, s’enracinent et apparaissent au grand jour de manière de plus en plus décomplexée. Sans ce réveil, sans cette sortie de cet état de minorité, toute possibilité d’avènement d’une vraie cohésion sociale restera compromise, avec les conséquences que nous connaissons.

Exclusion et désocialisation

Toute personne souhaite légitimement pouvoir saisir les nombreuses opportunités qu’offre la société en termes d’éducation, d’accès à la culture, au sport, aux stages professionnels, aux études supérieures, à l’emploi…

Au MRAX, nous considérons que le racisme s’inscrit dans un rapport de domination politique, économique et culturelle. Ce rapport de domination est légitimé par une théorisation racialiste.
Cette théorisation racialiste qui produit des races sur le plan social, hiérarchise d’une part ces corps racisés en leur octroyant des positions symboliques structurelles de subalternité au sein de la société et détermine d’autre part les types de rapports sociaux structurels qui frappent ces corps.

Cette théorisation racialiste marque les corps racisés d’une illégitimité symbolique – cette illégitimité symbolique devenant parfois illégitimité légale – à revendiquer l’égalité de droits et l’égale dignité, ce qui amène la discrimination, une discrimination s’inscrivant dans un rapport de domination. Ce rapport de domination signifiant oppression, exclusion et exploitation des personnes racialement catégorisées comme subalternes.

Alors que le concept de « race » ne renvoie à rien sur le plan biologique, les « races », comme élément de catégorisation, sont cependant une réalité sociale porteuse d’une puissante signification.

Le racisme et les discriminations sont des entraves quant à l’accès de nombreux-ses jeunes à ces opportunités, ce qui freine leur développement et leur épanouissement et, à plus long terme, engendre de profondes fractures sociales au sein de nos sociétés.

Pour mettre fin aux phénomènes de domination politique, économique et culturelle, mettre fin aux phénomènes de discrimination, et, de manière collatérale, déconstruire effectivement les préjugés et tarir durablement la source des discours de haine, alors il est nécessaire de s’attaquer aux causes structurelles qui en favorisent la persistance.

Notre action sociale pour le changement

Nous partons d’une posture où nous exprimons à cette jeunesse notre parfaite compréhension de leur vécu: oui il y a des discriminations et de l’exclusion, oui il y a un système de reproduction sociale qui entend freiner toute aspiration de leur part à une quelconque ascension sociale, oui leur indignation est légitime face à ces discriminations, oui leur ressentiment d’abandon, de délaissement, d’exclusion… est légitime.

Leur dénonciation est légitime et nous partageons cette dénonciation.

Mais nous devons aller plus loin. Face à cette indignation nous devons les amener à passer d’une posture sceptique à une posture méthodique. Autrement dit les amener s’engager dans l’action sociale afin qu’ils soient des acteurs de changement, qu’ils agissent pas défi et non pas par dépit face à une situation d’exclusion effectivement oppressante et face à laquelle chacun de nous peut effectivement se sentir dépassé.

L’indignation face à une situation d’injustice, vouloir le changement et lutter pour ce changement, c’est cela exercer sa citoyenneté.

Cependant, Kant précisait combien il peut être « difficile pour lindividu de sarracher tout seul à la minorité, devenue pour lui presque un état naturel. Il sy est même attaché, et il est pour le moment réellement incapable de se servir de son propre entendement, parce que lon ne la jamais laissé s’y essayer ».

Nous sommes convaincus de la nécessité de donner à ces jeunes l’occasion de s’approprier les moyens nécessaires à la revendication de leur égalité, de leur dignité et de leur place au sein de cette société, afin de permettre à ces jeunes de « revenir » vers la société et de rompre ainsi ce cycle d’exclusion et de replis.

Nous proposons donc lorganisation dune formation incluant les connaissances sociologiques, juridiques et pédagogiques nécessaires au plein exercice de leur citoyenneté, une citoyenneté éclairée, “marche-pied” devant leur permettre dexercer un rôle de citoyen éclairé, de devenir des acteurs du changement pour eux et par eux, et de sortir ainsi de cet état de minorité.

Ce faisant, ils contribueront directement au développement et à l’avènement d’une société plus égalitaire, plus juste et plus démocratique, une société pacifiée.

Contenu de la formation

La formation comprend 8 chapitres étalés sur 3 journées de formation:

 

Jour 1

– La mécanique raciste

– Cadre juridique antiraciste et droit des étrangers

– Le secteur associatif subsidié

– Bilan intermédiaire sur le racisme et l’antiracisme traditionnel

Jour 2

– Être radical – comment s’organiser pour susciter le changement

– Comment réagir aux violences policières et copwatching

– Testing et constitution de la preuve

Jour 3

La communication et l’action en réseau

– Prendre la parole et argumenter

– Conclusion – Quelle est la suite?

Vous un-e citoyen-ne, vous êtes un collectif de citoyen-ne-s, vous êtes une association, vous êtes intéressé-e-s par notre formation à la militance ? Vous souhaitez plus de renseignements? Contactez vincent.cornil@mrax.be
mrax