Est-ce difficile de choisir entre une victoire symbolique ou une honte éternelle ?

S’engager dans l’antiracisme c’est faire le choix de soutenir un combat essentiel pour l’égalité réelle. C’est tenter d’extirper un mal profond pour œuvrer au bien commun. C’est aussi parfois s’exposer à des pesants découragements voire à des amères déceptions. Albert Einstein a dit qu’il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé, au sein du mouvement antiraciste nous constatons tous les jours la justesse du propos.

Le racisme auquel nous sommes confrontés étant global, nous nous proposons de le combattre de manière globale. Un travail conséquent d’aide individuelle, d’éducation permanente, de plaidoyer politique, de sensibilisation à la cause, de soutien collectif à des groupes militants est mené quotidiennement par des professionnels et des bénévoles d’un mouvement comme le MRAX.

La semaine dernière, en plus de ces activités récurrentes, nous avons interpellé la commune de Schaerbeek sur la présence au sein de la maison communale du buste de Roger Nols, raciste patenté qui fut bourgmestre de Schaerbeek de 1970 à 1989. Bien évidemment, la démarche est éminemment symbolique. D’autres hommes politiques, de toutes tendances, se sont tristement distingués ou se distinguent tant dans les années 70-80 qu’à notre époque par des actes ou des propos xénophobes. Toutefois, nous considérons qu’outre sa politique ségrégationniste, ses outrances répétées comme l’accueil de Jean-Marie Le pen ou sa promenade en dromadaire à Schaerbeek en font un symbole visible de l’extrême-droite en Belgique. Le mettre à l’honneur de manière permanente dans la maison communale au même titre que les autres bourgmestres c’est aussi normaliser son mayorat délibérément provocateur et discriminatoire. Certains se félicitent que l’extrême-droite en Belgique ne soit jamais présente à aucun niveau de pouvoir en ce compris le local contrairement à la situation en France. Ce n’est qu’en partie vrai. Certes, l’extrême-droite est moins forte et moins organisée dans notre pays (à tout le moins au sud) que dans l’hexagone mais il ne faudrait pas banaliser certains faits historiques marquants comme le fait qu’un bourgmestre d’extrême-droite a géré la septième commune (pour ce qui est du nombre d’habitants!) de Belgique ! Évidemment, l’histoire est l’histoire et il ne s’agit pas de vouloir faire disparaître une histoire qui a eu lieu, fusse-t-elle bien honteuse ! L’enjeu est de ne pas rendre éternellement hommage à l’homme qui en a été l’acteur principal. Notre objectif est aussi de promouvoir un travail de mémoire sur ce qu’a été le « nolsisme » et ses conséquences pour différentes composantes de la population. Et aussi de réparer symboliquement une infime partie du préjudice subi par celles-ci en cessant d’honorer celui qui en a été le responsable.

Bien sûr, la problématique des hommages à des personnalités responsables de souffrances morales ou physiques infligées à certains de leurs comportements ne se limite pas au buste de Roger Nols et à la seule commune de Schaerbeek. Sans aller jusqu’aux statues de généraux sudistes à certains endroits des États-Unis ou au nom de rue franquiste en Espagne, nous avons d’autres mises à l’honneur qui ne peuvent qu’indisposer ceux qui militent pour l’égalité réelle. Nous soutenons par principe toute démarche visant, à tout le moins, à ouvrir le débat sur la question à l’instar des initiatives prises par rapport à la statue de Léopold II sur le territoire de la Ville de Bruxelles ou à Anderlecht au sujet du nom du square des vétérans coloniaux.

Obtenir des victoires antiracistes même symboliques en cette période ou le rapport de force est si peu favorable est une nécessité impérative tout autant qu’une obligation morale pour notre mouvement.

Carlos Crespo, Président du MRAX.