Discrimination : pourquoi la lutte contre le racisme veut reprendre les thématiques sociales

Publié par Kouablan Francine Esther le

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Hillal Sor, secrétaire Métallos FGTB, et Esther Kouablan, directrice du MRAX, défendent la collaboration des syndicats avec le mouvement antiraciste. Et appellent à dépasser les clivages pour lutter contre l’extrême-droite.

C’est un pas en avant dans la lutte antiraciste. La Plateforme 21/3 (plus de 150 organisations qui se réunissent pour la Journée Internationale contre le Racisme et la Discrimination) se bat désormais aux côtés de syndicats.

Les Métallos FGTB appellent aux côtés du MRAX, à s’élargir à d’autres organisations. Objectif 2024 : faire barrage à l’extrême-droite en se réappropriant le discours social sur base d’un discours antiraciste.

Pourquoi cette nouvelle collaboration avec le mouvement antiraciste ?

Hillal Sor, secrétaire Métallos FGTB : La crise covid nous a montré que les milieux professionnels reconnus essentiels par le gouvernement sont ceux où il y a une diversité extrêmement importante. Et ce sont aussi ceux où on l’on est extrêmement mal rémunéré ! Nous avons également l’objectif des élections de 2024 : empêcher que l’extrême droite puisse aller au pouvoir ! Il y a une montée d’un discours raciste, qui reprend les thématiques sociales, qui attirent les travailleurs dans nos entreprises. La présence de la FGTB dans la coordination de la plateforme est encore en débat, mais les Métallos ont décidé de s’y joindre au-delà des susceptibilités et des différences sur l’approche du combat. L’objectif commun est assez fort et les dangers devant nous assez grands que pour essayer de s’entendre et d’avancer.

C’est toujours compliqué la convergence des luttes ?

Esther Kouablan, directrice du MRAX : Avec cet objectif de barrage à l’extrême droite en tête, nous élargissons l’appel aux organisations. Quand je suis arrivée à la tête du MRAX en 2018, il n’y avait plus de partis politiques ni de syndicats comme membre dans notre AG (NDLR : en 2017, le Centre Communautaire Laïque Juif et deux représentants des syndicats FGBT et CGSLB se retiraient). Aujourd’hui on a atteint l’objectif d’être pluraliste sans être chapeauté. C’est dommage que ces syndicats soient partis, mais le fait que certains membres syndicalistes restent renforce notre combat.

Les thématiques de la Plateforme sont plus sociales et concrètes cette année, comme l’emploi…

Hillal Sor : La question de l’accès à l’emploi pour les personnes d’origine étrangère est fondamentale pour une organisation syndicale comme la nôtre : on voit encore trop de discriminations, en particulier là où les délégations syndicales sont absentes. Il y a un lien entre la lutte contre les discriminations et la place que l’on donne aux organisations syndicales, y compris dans les plus petites entreprises. L’extrême droite reprend aussi les thématiques sociales, notamment celles des organisations syndicales. C’est important que les mouvements antiracistes se positionnent sur les questions sociales comme les pensions ou les salaires pour démontrer comment l’extrême droite essaye de les détourner vers un discours raciste et d’exclusion : dans les faits, on voit que l’extrême droite vote le blocage salarial et s’oppose à l’augmentation du salaire minimum !

Les discriminations sur le marché locatif sont aussi l’une de nos revendications centrales.

Esther Kouablan : Les personnes d’origine étrangère, les femmes et les jeunes sont fortement touchés par la discrimination au logement. Nous appelons à un système pour que chacun puisse se loger décemment et plaidons pour que le testing soit multiplié pour confronter les propriétaires véreux qui écartent des locataires sur base de leur couleur de peau ou origine. Il faut aussi plus de sensibilisation auprès des propriétaires pour mettre en avant le dispositif législatif, en particulier à Bruxelles où la pression est la plus forte.

Dans l’actualité ukrainienne, ceux qui fuient la guerre n’ont pas tous accès à la protection donnée par l’UE. Sammy Mehdi estime que les étudiants étrangers sont supposés rentrer dans leur pays d’origine. Esther Kouablan : Ce deux poids deux mesures est complètement discriminatoire ! Comment peut-on trier dans la population en temps de guerre ceux qui peuvent être protégés ? L’Espagne et la Grèce ont élargi l’accès à la protection à tout ceux qui viennent d’Ukraine, peu importe la nationalité. Est-ce que la Belgique n’est pas capable d’offrir une protection temporaire -je dis bien temporaire- pour que ces étudiants terminent leurs études et retournent ensuite dans leur pays ? Je le redis : ce n’est pas définitif quoi !

Interview réalisée par Fanny Declercq, Journaliste au service Forum, LeSoir.

Capture d’écran Lesoir
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