Ces autres 10 jours qui ébranlèrent le monde

Cela fait à peine deux semaines que sévit le 45ème président des États-Unis mais il a d’ores et déjà marqué l’histoire politique américaine de sa sinistre empreinte. Donald Trump a fait très fort pour son début de mandat ! Voulant vraisemblablement démontrer que ses promesses de campagne n’étaient pas juste des déclarations en l’air, il a pris rapidement une batterie de mesures dont l’impact a très clairement dépassé les frontières des États-Unis.

Avec ses décisions d’abroger l’Obamacare, de relancer la construction du polluant oléoduc Keystone, de limiter l’accès à l’avortement, il concrétise très rapidement diverses idées anti-sociales, anti-environnementales et anti-féministes. En ce qui concerne le racisme qu’il exprimait également avec véhémence lors de sa très agressive campagne, son fulgurant début de mandat lui a aussi donné l’opportunité de joindre les actes à la parole. C’est tout d’abord, en décidant la construction du mur avec le Mexique, que l’homme d’affaire reconverti à la politique a pu entamer l’application de son programme xénophobe. Dans un incroyable mépris pour les autorités mexicaines ni concertées, ni informées préalablement, le président Trump a décrété qu’une barrière d’une dizaine de mètres s’élèverait désormais à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Les autorités de ce pays viennent également d’apprendre que ce sont elles qui devront assumer le poids financier de la décision unilatérale de leur voisin du nord !

Mais la décision qui marque le plus les esprits, aux États-Unis et ailleurs, reste incontestablement celle arrêtée sur l’accès au territoire de ressortissants étrangers prise le 27 janvier dernier. Lors de cette journée de la mémoire de la Shoah et de la prévention des crimes contre l’humanité, la nouvelle administration américaine a décidé de suspendre pendant quatre mois l’admission et la réinstallation de réfugiés de pays en guerre, toutes nationalités confondues mais aussi d’interdire l’accès pendant trois mois aux personnes issues de sept pays musulmans : Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen ! Les réfugiés syriens sont quant à eux privés jusqu’à nouvel ordre de la possibilité de rentrer sur le territoire américain. La discrimination instaurée par les autorités américaines ne sera pas uniquement géographique puisque le président américain a assuré que l’accueil des réfugiés de confession chrétienne sera désormais prioritaire.  D’où le nom de « Muslim Ban » pour cette législation d’exception visant des groupes de personnes désormais légalement essentialisées par le fait de prince. Dans un pays qui a connu durant plusieurs décennies les lois « Jim Crow » donnant une base légale à la ségrégation mais aussi l’internement par décret présidentiel des citoyens américano-japonais durant la seconde guerre mondiale, on a la funeste expérience de ce que le racisme d’Etat peut générer. Différents citoyens et institutions américaines ne s’y sont pas trompés et organisent déjà la résistance contre cette décision présidentielle scélérate. Un juge fédéral américain vient d’ailleurs de casser en appel la demande de l’administration Trump d’appliquer son décret anti-migratoire. Dans le style qui est le sien, le Président des États Unis s’en est pris virulemment au juge concerné sur les réseaux sociaux…

Outre la solidarité de principe avec les antiracistes américains en lutte contre le nouveau pouvoir, quelle attitude pourrions-nous adopter en Belgique par rapport à cette nouvelle réalité politique ? Le moins qu’on puisse faire est d’exiger de nos autorités (à tous les niveaux de pouvoir) une grande fermeté dans la condamnation de principe des décisions xénophobes ou discriminatoires que le gouvernement américain a prises ou s’apprête à prendre. Il le faut impérativement, même si sur ces questions, l’attitude de notre pays n’a pas toujours été exemplaire. Ainsi, notre gouvernement fédéral, vu l’attitude récente de certains de ses membres, pourra difficilement être crédible dans une trop forte dénonciation du manque de respect de la séparation des pouvoirs, de l’absence d’empathie pour les réfugiés et même de l’invention au plus haut sommet de l’Etat « d’alternatives facts » pour justifier des politiques.